La Maison Blanche a annoncé que George W. Bush présenterait, vendredi 18 janvier, les "principes d'une approche efficace" pour éviter une récession, accompagnés de "mesures temporaires et à court terme" destinées à "stimuler" l'économie. Le président américain a ainsi accédé aux souhaits de ceux, nombreux, qui le conjuraient de ne pas attendre - comme il le souhaitait - son discours sur l'état de l'Union, le 28 janvier, pour évoquer les questions économiques, tant le risque de récession est préoccupant.

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Avec un indéniable flair politique, la sénatrice de New York, Hillary Clinton, candidate à l'investiture démocrate à l'élection présidentielle, avait tiré la première, la semaine dernière, présentant ses propositions pour conjurer la détérioration de la conjoncture et appelant la présidence à engager immédiatement des discussions avec le Congrès pour adopter d'urgence un "paquet" de mesures. La majorité démocrate négociait, depuis, avec la Maison Blanche. Quant aux responsables républicains, en particulier les candidats à l'investiture du parti pour la présidentielle, ils manifestaient leur inquiétude devant l'attentisme de l'administration Bush.

Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke, a porté, jeudi, le coup de grâce. Devant la commission du budget de la Chambre, il a soutenu à son tour l'adoption d'un plan fédéral de relance qui, accompagné d'une nouvelle baisse des taux de la Fed, attendue lors de sa réunion des 29-30 janvier, permettrait de freiner le ralentissement économique. Il a évoqué une enveloppe "raisonnable" de 50 à 150 milliards de dollars (jusqu'à 103 milliards d'euros).

Les décisions que devait annoncer M. Bush revêtent un caractère éminemment politique, à dix mois de l'échéance présidentielle. Schématiquement, les républicains favorisent l'allégement de la fiscalité pour relancer la consommation, facteur numéro un de la croissance américaine. Poursuivant le même objectif, les démocrates, eux, privilégient des dépenses publiques ponctuelles pour soutenir les classes moyennes et les plus démunis.

La négociation entre un président républicain et la majorité démocrate s'annonce donc ardue, les seconds, qui dénoncent une fiscalité qui "ne bénéficie qu'aux plus riches", étant tentés, en cas d'échec, de faire porter la responsabilité de la situation économique au candidat du parti du président.

Selon le New York Times, l'entourage de M. Bush se divise en deux tendances. Ceux qu'on pourrait nommer les "idéologues", représentés par le conseiller à l'économie nationale Keith Hennessey, restent fidèles à la philosophie fiscale à laquelle ils attribuent la remarquable croissance américaine des cinq années précédentes. M. Bush s'est engagé encore récemment à rendre pérenne une série d'allégements fiscaux "temporaires" décidés en 2003 et 2004. Le problème, avec cette option, est qu'elle ne relancerait la consommation qu'à une échéance assez lointaine. Face à eux, les "pragmatiques", menés par le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, prônent des mesures tenant partiellement compte des propositions "dépensières" démocrates. Le problème pour M. Bush est que cette option-là apparaîtrait comme un recul validant la vision de l'adversaire.

M. Bernanke est, entre les lignes, intervenu dans ce débat. Un plan de relance, a-t-il expliqué, doit "vite" générer des résultats. En d'autres termes, les seules réductions fiscales ne lui paraissent pas la panacée. Selon le Wall Street Journal, les mesures annoncées par M. Bush devaient inclure une remise d'impôt de 500 dollars par personne et des défiscalisations importantes sur les investissements des entreprises.