L'affaire de la Société générale prenait un tour nouveau lundi 28 janvier.

Certes, Jérôme Kerviel était conduit au pôle financier du tribunal de Paris avec une escorte policière digne d'un terroriste international, comme on pouvait le voir dans les journaux télévisés du soir. Mais les deux juges d'instruction décidaient de remettre en liberté, sous contrôle judiciaire, le jeune courtier accusé d'avoir fait perdre près de 5 milliards d'euros à sa banque. Il était mis en examen, notamment pour faux et usage de faux, mais pas pour escroquerie. Le grand résultat de la journée était que le courtier, qui avait été traité de tous les noms par le PDG de la Générale, Daniel Bouton, paraissait un peu moins coupable, et ce dernier un peu moins innocent. Pour couronner le tout, on voyait Nicolas Sarkozy suggérer, en termes à peine voilés, la démission du PDG. Tard dans la soirée, sur France 2, le magazine"Mots croisés" était consacré aux déboires de la Générale. Et, là encore, les oreilles de M. Bouton ont dû siffler.

"Cinq milliards d'euros, c'est ce que l'Etat doit réduire en dépenses publiques, chaque année, pour être au rendez-vous de l'équilibre en 2012. Il faudra bien que M. Bouton en tire les conséquences", disait Frédéric Lefebvre, secrétaire national de l'UMP chargé de l'économie. "Aux Etats-Unis, il aurait déjà démissionné", renchérissait Emmanuel Lechypre, rédacteur en chef de L'Expansion. Il était beaucoup question du revenu annuel, 11 millions d'euros stock-options comprises, de l'intéressé. Son offre de renoncer à la moitié de son salaire, qui ne constitue qu'une fraction de ce total, faisait petit bras. Et dire que la Société générale a été jugée en 2006 meilleure banque du monde ! Que penser, dans ces conditions, des autres ? Il y avait de la dérision dans l'air sur le plateau de"Mots croisés", ce qui n'est pas fréquent avec un sujet de ce genre. "M. Bouton a dit ce matin qu'il ne spéculait pas. Il spécule sans arrêt !", s'exclamait l'économiste Bernard Maris.

"Mme Lagarde, avec son Tout va très bien madame la marquise , est exaspérante. Ce n'est pas vrai. Il y a des conséquences sur l'économie française. Il y a des conséquences sur les finances publiques", s'écriait le député socialiste Pierre Moscovici. C'était un peu un jeu de massacre. Yves Calvi arbitrait habilement ces échanges en jouant au Huron avide d'explications. L'exercice avait cependant ses limites. Les économistes présents ce soir-là n'étaient manifestement pas d'accord entre eux, ni sur les moyens d'éviter la répétition d'événements de cette nature, ni même sur l'idée que la banque aurait dû avertir aussitôt les pouvoirs publics au lieu d'attendre, pour le faire, d'avoir liquidé les positions aventureuses prises par le jeune courtier