president3J'ai lu avec beaucoup d'appréciation le texte du Pr. Alassane Salif N'Diaye paru dans le Repère du Vendredi 15 Février 2008. La raison est que le titre autant que le fond du discours, pour ne pas dire la diatribe, sur la dynamique de la prise du pouvoir par la jeunesse de notre pays-non du moins-par les militants et dirigeants de la Fesci, se révèlent à haute teneur de controverse. L'auteur, anciennement ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, haut cadre du parti unique, ex-jeune lui aussi propulsé par le Président Houphouët, caricature à l'extrême l'histoire de ces deux dernières décennies de notre pays pour se transformer en véritable stalinien qui s'essaie à la synthèse historique. Est-ce à dire que Fernand Braudel serait passé du côté des Deux-plateaux où réside ce grand homme qui ne voit que catastrophe et hécatombe dans l'histoire récente de notre pays? Car, à ne s'en remettre qu'à notre cher ministre et ex-professeur de sciences dans notre université nationale, l'histoire de notre pays se résume à trois choses fondamentales: le passé idyllique du parti unique, la crise actuelle comme œuvre de la jeunesse et de ses maîtres à penser et enfin l'avenir comme catastrophe si cette jeunesse au demeurant ignare et ratée arrive à ses fins.
Ainsi, pour notre ministre, le parti unique est l'ère idyllique de notre histoire dans son essence comme dans ses réalisations. Le parti unique a bâti le pays, façonné la nation, construit et projeté l'avenir comme reluisant. Tout était parfait à quelques cas de figure près! Amen!
Mais disons-le tout net, le stalinien manque ici la première leçon de sciences sociales qui est qu'en toute situation, la dialectique s'impose. Critiquer sans s'imposer la critique laisse la porte à la réplique sans faille de l'autre. En d'autres termes, aucune réalité sociale ne peut s'étudier sous un seul angle bien plus. En classe de philosophie de lycée, on appelle cette méthode celle de la thèse, de l'antithèse et de la synthèse. Assurément, le ministre professeur n'assure rien puisqu'il ne fait pas ressortir l'antithèse encore moins la synthèse dans son texte. Du coup, nous dirons tout simplement que le maître en sciences a quitté délibérément les sentiers de la science pour parcourir le chemin tortueux de la propagande. Merci pour le cours, Cher Professeur!
Puisque justement le Professeur appuie ouvertement la thèse selon laquelle la jeunesse organisée dans la Fesci fut manipulée par ceux qu'il appelle leurs maîtres. D'ailleurs, ces maitres aujourd'hui au pouvoir les oublient dans leur nouvel eldorado de la société de pillage. Car, alors que certains sont cooptés, d'autres subissent les contrecoups de la délinquance de leurs maîtres. La thèse de la manipulation de la jeunesse par l'ex-opposition devenue gestionnaire du pouvoir d'Etat est ici poussée à l'extrême pour prendre même une dimension dramatique: les figures de styles pullulent pour pousser ceux qui auront la curiosité de lire un tel texte à la révolte. Ici on découvre Voltaire sinon Rousseau, sous la plume de l'ex-ministre qui affirmait, et cela de mémoire de dirigeant de la Fesci que nous étions, que " vos larmes et vos salives viendront couler sous le parapluie de mon indifférence".
Par respect du lecteur, je veux rappeler ici que cette déclaration fut faite par le ministre Salif N'Diaye à la direction de la Fesci venue protester contre la décision du Président Houphouët de sauver l'année scolaire 1989-1990 pour des raisons électoralistes. La Fesci affirmait à cette époque que, sauver l'année serait catastrophique en raison du décalage dans le calendrier et du danger de la formation au rabais de toute la jeunesse de notre pays. Une centaine de jeunes Ivoiriens furent radiés de "toutes les universités du monde" pour avoir montré le bon sens du doigt. Et qui se plaint aujourd'hui de la formation au rabais de la jeunesse, la rejetant uniquement sur les agitations syndicales alors que toute la Côte d'Ivoire sait que l'université nationale était dépassée depuis 1977 et que la suppression des bourses et autres fonds à l'Education nationale remettait dangereusement en cause la qualité de l'enseignement? Et qui s'interroge sur les raisons de cette crise économique qui frappe notre pays depuis 1977 alors que le pays venait de faire des profits records avec le grand froid qui permit à notre pays de devenir roi sur le marché mondial du cacao et du café? Et qui étaient aux affaires dans les années 80 et qui avaient pour rôle d'aider le Président Houphouët à manager une économie foudroyée d'une part par les blocages systémiques du parti unique et, d'autre part, par la malgouvernance de l'élite du parti unique? Qui furent ministres, directeurs généraux, directeurs administratifs et financiers, etc, qui avaient pour responsabilité de redresser le pays? Assurément pas moi, encore moins Soro, Djué, ou Blé Goudé! Mais qui leur a dit que tout se résumait en l'argent? La lutte pour la liberté doit-elle être toujours une lutte pour les prébendes? La Fesci a-t-elle signifié, lutte dans l'opulence ou abnégation et détermination face à l'âpreté et à l'aspérité du terrain? Toutes ces questions restent superbement ignorées pour ne pas contredire la contrefaçon de la réalité historique qui prend forme comme torrent d'injures inutiles contre toute une jeunesse, une génération.
Maintenant, si nous revenons à la question de la responsabilité de la génération des dirigeants du parti unique dans la crise actuelle, il n'est certainement pas besoin de faire preuve de génie scientifique pour dire que ce sont les mêmes qui crient au loup aujourd'hui qui furent la cause première de la chute de la maison Ivoire. Comment Salif N'Diaye peut-il oser faire croire que si le pays va mal aujourd'hui, c'est parce que les refondateurs, seuls, sont des voleurs et des incompétents, sans pour autant revenir sur lui-même et ses pairs dans leurs impairs? Et ce aujourd'hui comme hier. C'est incroyable tout de même! Car du point de vue purement scientifique, on ne peut pas dire que le parti unique qui a tout fait pour notre pays et qui est tombé uniquement en décembre 1999, n'a rien à voir dans la crise actuelle. Comment peut-on oublier les dérives de l'Ivoirité dont lui-même se plaignit dans un passé très récent? Comment peut-on faire croire que ce sont les jeunes de la Fesci qui ont fait un coup d'Etat et une guerre civile? Comble de la méchanceté inutile, comment veut-on faire croire que les dérives de la refondation relèvent purement du deal entre les enfants manipulés d'hier et leurs maitres kleptocrates aujourd'hui? Les concours sont-ils organisés par les jeunes ou alors l'argent sale de ces concours tombe-t-il dans les poches des jeunes et non des dirigeants véreux? Peut-on condamner quelques personnes sur la base de leur âge ou de leur ethnie? C'est cela l'idéologie fascisante, si je ne m'abuse!
Oui! Nous savons Soro très courageux, mais nous ne voyons pas comment un jeune homme de son âge peut aller chercher des armes, payer des hommes et faire la guerre, lui seul. Même Terminator n'aurait pas fait mieux! Est-ce que c'est Soro, sinon Blé Goudé ou Ahipeaud pour ne pas dire Djué qui ont nommé un premier ministre pour ensuite dire que ce dernier n'était pas Ivoirien? Ou alors, est-ce notre génération qui a refusé la liberté au peuple depuis 1960 et conduit à des dérapages que certains veulent aujourd'hui minimiser? Je précise que ma mère est une parente directe du Dr Kragbé Gnagbé et par conséquent, je sais de quoi je parle! Je suis d'ailleurs contre l'instrumentalisation de la douleur collective pour atteindre des fins personnelles.
Est-ce Ahipeaud qui a mis Mme Gbagbo dans le coma le 18 Février 1992, livré M. Gbagbo, alors leader de l'opposition à la vindicte de la soldatesque manipulée, pour ainsi créer les conditions d'une haine réciproque, qui explique beaucoup de choses aujourd'hui sans les excuser? A-t-on soi-même fait le bilan de cette journée pour voir quelles ont été ses répercussions et ses conséquences émotionnelles immédiates et lointaines? En tout cas, je tiens à rappeler à mon ministre bien-aimé que le 18 Février 1992 est la suite du 13 Février, date de mon kidnapping par les forces de sécurité, alors que la Fesci avait fait une protestation pacifique contre la non sanction des militaires, responsables des violations des droits de l'homme à Yopougon en Mai 1991. Qui dit que le parti unique fut l'ère de la liberté, de la prospérité et de la justice, pour ne pas parler de la non-existence de l'impunité?
Assurément, le ministre Salif Ndiaye n'est pas un analyste objectif de la réalité ivoirienne. Il la voit sous l'angle de l'ex-gouverneur de la rosée, celle qui coulait du côté de Cocody et des Deux-plateaux. Pis, il ne s'agit pas pour nous de dire que la situation était belle avant parce que sous le parti unique, au moins les miettes retombaient sur le peuple et la répression n'était pas brutale, sinon sanglante comme aujourd'hui. Nous ne parlons pas de degré mais de principe, Monsieur le Professeur! Il ne s'agit pas de faire de cette époque de notre histoire le bon vieux temps et de dramatiser la présente époque. Car si tout était beau avant, aujourd'hui ne serait pas si laid parce que le laid ne saurait naître du beau s'il ne contenait quelques traces au moins de laid. Et la génétique le dit certainement!
Ce qui nous attriste dans ce texte du Pr. Salif N'Diaye, c'est justement la présence des mêmes lacunes et autres tares qu'il reproche aux refondateurs. Car on ne peut pas critiquer les refondateurs d'avoir menti au peuple et devenir soi-même un menteur en traficotant la vérité. Par exemple, mon nom Ahipeaud ne s'écrit pas sans la lettre e mais bien avec. Comment mon ministre et ancien camarade de parti peut-il se tromper sur mon nom? Autre exemple: comment affirmer que les fescistes bénéficièrent du soutien de leurs "maîtres" quand par exemple, mon mémoire de maîtrise fut confisqué pendant deux ans par mes maîtres, me faisant perdre ainsi deux années d'études. Je ne veux pas citer le cas de nombre de nos amis qui furent obligés de quitter le pays pour pouvoir reprendre leurs études ailleurs. Demandez à Atteby Williams, aujourd'hui député et hier maquisard au Faso! Entre autres. Comment aussi confondre les Fescistes avec des toquards illettrés et incompétents alors que les docteurs, ingénieurs et autres diplômés de haut niveau sont issus de ce mouvement. Il ne faut pas pousser le négationnisme au cynisme absolu sinon on finit par faire figure de Machiavel soi-même!
En vérité, le délire de mon professeur est la résultante de la nature génétique des gestionnaires du parti unique. Incapables de projeter l'avenir comme changement permanent, ils veulent imposer la vision de l'avenir comme catastrophe quand ils ne sont pas au centre du processus historique. Désireux de n'avoir que des esclaves en lieu et place de citoyens capables de penser et d'agir de par leur propre fait, ils voient en tout être un éternel enfant manipulé à souhait par des mains noires. Lorsque la question de la liberté se pose, toujours ils y voient des mains obscures. Hier c'était Moscou et la ligue communiste internationale qui faisaient dire à certains qu'ils voient rouge lorsqu'on parle du Synares! Aujourd'hui, c'est la France néocolonialiste qui explique le mouvement patriotique, etc. Hier comme aujourd'hui, blanc bonnet, bonnet blanc.
Pour nous autres enfants nés après les indépendances, le vrai changement viendra lorsque les hommes qui nous dirigent accepteront que leur peuple est majeur et que leurs enfants ne sont pas des nourrissons à qui on doit imposer les choses à cause de leur incapacité à penser. Car, il ne s'agit pas de ne voir dans le passé que des merveilles, mais bien de comprendre que chaque peuple assume son histoire. Frantz Fanon disait en cela que chaque génération doit découvrir, dans les méandres et la complexité de la dynamique contemporaine, sa mission histoire pour la trahir ou l'accomplir. Est-ce que ceux qui ont été associés au pouvoir d'Houphouët avaient compris leur mission historique auprès du Vieux? L'ont-ils accompli ou trahi? La même question se pose aussi à ceux qui sont aujourd'hui autour de Gbagbo tout comme ceux qui furent avec Bédié. Pour notre part, nous croyons que notre mission à nous, enfants des plans d'ajustement structurel et de la dérive ivoiritaire, c'est de lutter crânement et sans faillir contre le parti unique, la société de connivence et de pillage et leur corolaire, le sous-développement chronique, pour ne pas dire endémique. A cette génération de la douleur et des côtes nues, conseil ne peut venir, encore moins critique ne peut être, d'un ancien ministre d'Houphouët qui a montré sa compréhension de l'humilité et du devoir bien fait par la radiation des étudiants, le sauvetage d'une année scolaire de quatre mois et l'amorce de la loubardisation de la jeunesse estudiantine. Pour ne pas reprendre votre superbe réplique aux radiés de 1990, Cher Professeur et ministre, " votre salive et vos larmes viennent s'écraser sur le parapluie de notre… sérénité”. Nous attendons votre réponse et à très bientôt.
Dieu vous bénisse!

Président de l'Union pour le Développement et les Libertés

Dr Martial Joseph AHIPEAUD
President de l' UDL
www.udl-ci.org
http://martialahipeaud.unblog.fr/