Forum de Bamako - Quand l’Afrique s’éveillera

La nouvelle configuration de l’économie mondiale présente des atouts certains pour le continent. A condition de savoir se sortir du piège des ressources naturelles L’Afrique peut-elle devenir un enjeu géostratégique ? La question qui était au centre des débats de la 8è édition de Forum de Bamako, la semaine dernière, a mis en lumière le dramatique paradoxe que vit notre continent. Pour Martin Ziguélé, l’ancien Premier ministre de la République Centrafricaine, la principale contradiction de l’Afrique est d’être un continent qui regorge de ressources naturelles diverses et variées tout en végétant dans une pauvreté extrême. La gestion transparente et efficace de ces ressources aurait pu, soutient-il, permettre à l’Afrique de jeter les bases d’un développement économique rapide au profit de la majorité des populations du continent dont la frange la plus jeune, aujourd’hui désemparée, se lance à corps perdu à l’assaut des frontières barricadées de l’Europe. Il déplore le fait que l’Occident oublie volontiers que les dynamiques migratoires ont largement contribué à façonner les sociétés humaines et à imprimer aux cultures, la diversité qui fait leur force et leur richesse. Pour l’ancien chef du gouvernement centrafricain, la liberté de circulation aurait dû continuer à jouer ce rôle de levain et de levier dans la construction des sociétés de ce début du XXIè siècle. Mais cruel paradoxe des migrations, les zones de concentrations des richesses deviennent le lieu de tri et d’expulsion des humains désormais jugés à l’aune de leur rentabilité économique. Les pays dominant économiquement et politiquement continuent à attirer les bras et les cerveaux dont ils ont besoin au détriment du reste du monde dont l’Afrique. Or de l’avis de certains participants qui ont fait des exposés au deuxième jour du Forum, le XXIè siècle sera un période violente pour l’appropriation des ressources. Aussi prédisent-ils une ère qui consacrera le basculement de l’économie mondialisée vers le Sud. Le monde, pensent-ils, vit aujourd’hui une période de grande mutations. La crise venue du système financier américain contraint les pays du Nord à accepter le sauvetage de leurs institutions par les fonds souverains des superpuissances du Sud et des pétromonarchies. Le Sud prend ainsi plus de pouvoir, non seulement au plan du travail et de l’activité (40% du PIB mondial) mais aussi du capital et de la propriété à travers la mobilisation de ses réserves de change (75% du total mondial). La montée en puissance de son capitalisme d’État (quatre entreprises chinoises et une russe figurent parmi les dix premières capitalisations mondiales) et l’activation de quelques 3500 milliards de dollars américains des fonds souverains soit environ 1575000 milliards de Fcfa, constituent d’autres arguments forts en faveur du Sud. En d’autres termes, le Nord ne perd pas seulement le monopole de la production et de l’innovation, mais aussi celui du contrôle des actifs stratégiques et de la régulation du capital mondialisé. On assiste présentement à l’émergence d’une géographie des investissements du commerce mondial et les nouvelles puissances émergentes constituent l’épicentre de ce processus. Cette configuration de l’économie mondiale présente les contours généraux de l’émergence dans le Tiers-Monde de nouvelles puissances susceptibles de modifier dans les années à venir l’architecture et les modalités de la coopération internationale pour le développement. Cela, avec des implications majeures dans les rapports entre l’Afrique et le reste du monde. Des analystes annoncent ainsi un changement de paradigme en la matière. Cette évolution dans la pratiques des acteurs comporte pour l’Afrique des dangers et des opportunités. Cette dualité se manifeste par le danger de la consolidation du piège des matières premières pour notre continent et l’opportunité d’enclencher un partenariat fécond avec les puissances émergentes par ce que porteur d’une dynamique de changement de structure des économies africaines peu diversifiées. "Mais quelle Afrique peut venir dans ce nouveau partenariat ?", se sont interrogés des panélistes. Ce sera celle qui dans le souci de créer les conditions durables du bien-être de ses populations fait plus attention à l’exigence démocratique ; celle qui s’occupera mieux de ses femmes en majorité exclues du processus de développement et paient le plus lourd tribut aux conflits. Ce sera aussi le continent qui saura éteindre ses foyers de tensions et se protéger contre la montée du terrorisme.