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Le Blog de Henri Gossé

Pour l´Afrique, la Côte d´Ivoire, la Suède et le monde.

11 mars 2010

Belle réponse du professeur Mamadou Koulibaly à l' ivoiritaire Venance Konan

Mamadou_Koulibaly_pensif2_5B1_5DElle est à vous cette chanson…

N`en parlez jamais qu`à un sage Car la foule est bien prompte à l`outrage, Je vais honorer l`être vivant Qui veut mourir dans le feu ardent. Dans la fraîcheur des belles nuits Où tu reçus et donnas la vie, Te saisit un étrange sentiment Quand l`Étoile luit au firmament. Tu veux enfin te libérer De la noirceur de l`obscurité Et un désir t`entraîne alors Vers un hyménée beaucoup plus fort. Ne ménageant ni peine ni temps, Fasciné, tu t`élances en volant, Et recherchant le feu du ciel, Papillon tu te brûles les ailes. Et tant que tu ne comprendras rien Au sens des mots : "Meurs et Deviens" Tu seras un obscur passager Sur cette terre enténébrée. Nostalgie Bienheureuse Johann Wolfgang Von Goethe (1815) M. Venance Konan, suite à l’interpellation que j’ai adressée à vos lecteurs, vous avez pris l’initiative de me répondre personnellement. Ma démarche initiale était d’offrir à vos lecteurs une meilleure objectivité et de toucher du doigt, le gouffre de subjectivité dont vous faites preuve après vous être égaré sur les terrains mouvants et dangereux de l’ivoirité. Vous avez certes écrit votre repentir mais votre attitude acerbe et votre grande désinvolture semblent démontrer que vous n’avez pas su tirer les conséquences de vos égarements passés et que ce repentir se limite à quelques paroles alibis. J’ai d’ailleurs le sentiment que vous êtes toujours sur la voie de l’égarement car la critique populiste dépourvue de propositions, est un exercice qui s’apparente peu au statut d’un intellectuel responsable. Vous aimez réveiller les haines et attiser les angoisses comme si pour vous, notre vie devait errer entre la peur et la douleur, la jungle et le zoo, la loi du plus fort et la loi du talion. Pour ma part, je crois fermement à l`Etat de droit, à la société ouverte et j`ai foi en l`homme. Gare aux égarements populistes ! Le dictionnaire Wikipedia décrit ainsi le populisme : “Met en accusation les élites ou des petits groupes d`intérêt particulier de la société. Parce qu`ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des maux de la société : ces groupes chercheraient la satisfaction de leurs intérêts propres et trahiraient les intérêts de la plus grande partie de la population. Les populistes proposent donc de retirer l`appareil d`État des mains de ces élites égoïstes, voire criminelles, pour le “mettre au service du peuple”. Afin de remédier à cette situation, le leader populiste propose des solutions qui appellent au bon sens populaire et à la simplicité, mais ignore complètement les réalités de la décision politique (notamment le fait qu`elles doivent être inscrites dans un agenda, qu`elles doivent tenir compte des avis parfois contradictoires de la société civile), comme la complexité des situations décrites. Ces solutions sont présentées comme applicables tout de suite et émanant d`une opinion publique présentée comme monolithique. Les populistes critiquent généralement les milieux d`argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative, etc.), censés avoir accaparé le pouvoir ; ils leur opposent une majorité, qu`ils prétendent représenter. S`ils accèdent au pouvoir, il peut leur arriver de supprimer les formes traditionnelles de la démocratie, au profit d`institutions autoritaires, présentées comme servant plus authentiquement “le peuple”. Des comportements populistes peuvent affecter toutes les activités de la société, cela amène des organismes, des institutions ou des associations à favoriser des positions réputées “populaires”. Elles peuvent montrer paradoxalement un certain mépris pour le peuple, le vulgus latin, pensé comme la populace, la foule, les masses, le troupeau. Ceci est particulièrement notable en publicité où “le peuple” est mis en scène, souvent sous la forme de personnages ignorants ou idiots.” Les dégâts dont vous êtes comptable La méthode populiste fait ainsi appel au bon sens populaire et au simplisme, ignorant la complexité des situations décrites. Ainsi, pour exemple, vous soutenez que : l’eau et l’électricité sont coupées dans les zones rebelles, personne n’en parle. On a tué de pauvres marcheurs en mars 2004, personne n’en parle. On a bombardé Bouaké et tué des blancs et des noirs aussi, personne n’en parle. L’opposition au président Gbagbo est trop molle, faiblarde, nulle même. Les étrangers accaparent notre économie, cela ne nous dit rien, tout ce qui nous intéresse, c’est vouloir gérer l’Etat ; le reste nous importe peu. Mélange de genres, mélange d`époques, mélange “d’agresseurs”, mélange d`émotions, mélange de victimes. Tout est amalgame. Prémisses vraies mais conclusions stériles. Hypothèses confuses et déductions légères. Mais avez-vous idée des conséquences de vos thèses sur le tissu social et l`esprit de cohésion nationale ? Derrière votre apparente satire sociale, c`est-à-dire votre “représentation critique et comique de nos défauts, de nos vices, de nos mensonges, observés dans la réalité sur le plan moral, politique, social”, vos analyses souffrent de nombreux biais que vous ne pouvez ignorer et qui, j`espère, n`échappent pas à vos lecteurs qui doivent retenir l`avertissement de Paul Valery selon lequel : “Le mélange du vrai et du faux est plus faux que le faux”. Hier, vos écrits ont animé des hantises et des haines, des peurs et des frayeurs qui ont contribué à donner des alibis à ceux qui ont pris les armes et organisé une rébellion contre l`Etat de Côte d`Ivoire. Les conséquences pour le pays demeurent et vous semblez aujourd`hui vous en laver les mains préférant rejeter les fautes sur d’autres. Comme c`est facile ! Les propagandistes du fascisme sont poursuivis aujourd`hui encore dans le monde. Ceux du génocide rwandais dit “des mille collines” aussi comme ceux de l`ex-Yougoslavie. On ne s`en sort pas par un soi-disant repentir jeté à la face des lecteurs. Comme ça ! La méthode du pyromane pompier. Ainsi, je suis étonné de votre propension à traiter avec légèreté vos égarements passés. D’un revers rapide vous écrivez votre repentir et vous vous précipitez dans la critique sarcastique, occultant totalement le fait que les souffrances d’aujourd’hui aient pu prendre racine dans un passé récent à travers l’idéologie restrictive que vous avez soutenue et promue. A quand l`ouverture des portes de votre prison de haine ? Soulignons que la propagande autour de l’ivoirité était telle, au moment où le président Bédié partait du pouvoir, que le concept n`était plus perçu comme l`idéologie d`une partie du PDCI, votre parti, mais comme le projet de société du peuple de Côte d’Ivoire tout entier. De nombreux Ivoiriens étaient devenus ivoiritaires et plusieurs refondateurs sont semble-il, devenus eux aussi des gourous de l`ivoirité grâce à vous et à vos amis. Vous avez fait des émules qui continuent aujourd`hui de vous rendre hommage alors que vous prétendez avoir tourné casaque. Combien sont-ils aujourd`hui ceux qui au FPI, au RDR et ailleurs cherchent à vous égaler, voire à vous surpasser ? Vous n’auriez donc aucune responsabilité dans le blocage actuel du pays dites-vous ? Un peu d’humilité eut été de rigueur si vous aviez une certaine honnêteté intellectuelle et une vision globale dans l’analyse. Certes, vous reconnaissez avoir contribué au saccage du climat social, mais que faites-vous aujourd’hui pour réparer cela à part mettre les dégâts en pertes et profits collectifs ? Votre relativisme moral est inacceptable. Votre relativisme culturel est insupportable. Votre relativisme politique n`est pas défendable. Vous aimez vous présenter en fédérateur des déçus, certes fédérez-les, mais en tant qu’intellectuel, ouvrez-leur des horizons. Faites des propositions pertinentes pour fédérer non des déceptions mais des espoirs. Mais quelle est donc la place de l`écrivain et du journaliste à côté des actions et des réflexions “politiciennes” que vous menez ? Ne resterez-vous pas dans notre histoire l`apologiste de l`ivoirité ? Vous serez sans doute autre chose après vos différentes mutations, mais vous ne cesserez jamais d`être l`écrivain qui, dans sa génération, aura fourni le plus d`apologues incitant à la division des Ivoiriens. Lorsque vous vous interrogez sur les raisons qui me poussent à ne pas démissionner du FPI, ce parti qui, selon vos dires, serait responsable de tous les maux de notre société, je vous réponds qu’à l’inverse, je n’ai jamais compris pourquoi vous tentez, avec tant d’énergie, de dissimuler votre engagement partisan au sein du PDCI bédiéiste. Pourquoi ce masque de chroniqueur pour défendre votre parti politique ? De quoi avez-vous donc peur alors que, grâce à vos écrits, tout semble désormais permis ? Pourquoi tenter de réécrire l`histoire alors que les témoins sont vivants ? Pourquoi rechercher, par de vaines accusations, des responsables sinon des coupables là où aucun révisionnisme n`est désormais possible ? Merci de vous inquiéter pour moi, mais tout va bien En ce qui me concerne, je n’aime pas les attitudes masquées et préfère vivre ouvertement mon engagement, tout en restant objectif et en osant critiquer les dérives de mon propre groupe si nécessaire. L’engagement n’est pas forcément synonyme de comportement moutonnier que je ne confonds d`ailleurs pas avec la discipline du parti. C’est pour cela que je continue à réfléchir et à publier régulièrement des réflexions personnelles tout en militant au sein du FPI. Je me considérais comme un intellectuel avant d`entrer en politique. Je crois encore que je le demeure. J`estime que lorsque l`intellect se met au service de la politique, c`est pour élever le débat démocratique et contribuer à la sortie de la société magique, de l`obscurantisme. Pour moi, la politique ne signifie ni terrorisme intellectuel ni barbarie de la pensée unique. Faire de la politique, n`est pas une bataille pour des postes de gouvernement, c`est contribuer au bien-être de la population par un plaidoyer en faveur de la liberté de parole et de pensée. Ni anarchiste ni mercenaire, mais responsable des idées produites et de leurs conséquences directes et perverses. Ma conception de la politique et de l`action publique pour améliorer la condition humaine, est qu’il faut être avec et parmi les hommes. Certes, je côtoie au sein de mon parti des hommes qui ont défendu et qui continuent, hélas, à défendre comme vous, les idées ivoiritaires. Sachant qu’ils m`écoutent encore, demeurer au sein du FPI, est le meilleur moyen pour moi de partager ma foi en l`homme, mes croyances en la tolérance et la confiance en l`avenir, de prévenir les conflits et de tenter d’inscrire de toutes mes forces, mes idées dans cette période tortueuse de notre histoire pour nous éviter, autant que faire se peut, le chaos, la peur et le désespoir que vous et vos amis ne cessez de distiller par jeu dans les esprits. Démissionner et se tenir loin de la lutte sous prétexte que l’on n’est pas écouté et suivi par ses camarades du parti, au moment où ce qui se joue dépasse les partis et les destinées individuelles, est le propre de politiciens irresponsables. Je me suis battu pour les droits et les libertés individuelles avant d`être militant du FPI. Je suis refondateur. Mon combat pour la dignité des peuples et pour la fin du pacte colonial continue dans ce parti. Je poursuis ma croisade contre tout ce qui peut être un frein à la consolidation de la Nation, de la République et de la Démocratie que nous voulons construire. Je consacre toute mon énergie à la recherche des libertés à conquérir pour chaque africain. Responsable politique ou pas, c`est une conviction qu`aucune de mes ambitions ne peut atteindre ou annihiler. Et c`est ainsi que je donne un sens à ma vie. Telle est ma quête. Pour la Côte d`Ivoire par contre ça ne s`arrange pas Lorsque je vous questionne au sujet de la Côte d`Ivoire ne me parlez pas de ma carrière politique car elle importe peu par rapport à ce qui se joue. Je ne suis pas entré en politique pour devenir quelqu`un. J`y suis parce que j`ai des convictions à faire partager. Les hommes et les femmes qui les acceptent, m`obligent. Ceux qui n’y adhèrent pas ne font que raffermir ma détermination. Vous parlez également du bilan des refondateurs. Que sont les refondateurs à vos yeux M. Konan ? Si c’est le groupe actuellement au pouvoir, rappelons qu`il a été constitué consécutivement à l’accord de Marcoussis dont Bédié est signataire. Le pouvoir a alors été distribué, tel des parts de gâteau, aux différentes forces politiques, légalement constituées ou pas. Dans ce contexte, le programme de la refondation a fait place à la politique de la médiocrité et à la rebfondation qui ont entretenu des querelles meurtrières. Le but ultime étant de ne surtout pas faire de vague et de partager les postes à responsabilité au sein d`un Etat qui jour après jour, n`a cessé de devenir faible et exsangue. Vos amis du PDCI sont également au pouvoir et partagent donc les responsabilités dans les échecs comme dans les réussites. Vos amis acceptent de mourir pour cet Etat qui ne tient plus tête et qui est incapable d`assurer ses responsabilités. Pourquoi, le docteur en droit que vous êtes ne sort pas des généralités pour parfaire son acte d`accusation ? Pourquoi ne faites-vous pas une évaluation des responsabilités de chaque signataire de Marcoussis, ministère par ministère avant de situer les culpabilités et de prononcer vos sentences? Votre méthode réductrice est analytiquement pauvre. Vous vous contentez de lieux communs et de stéréotypes. Pour un écrivain-journaliste, nous ressasser les discussions de la vulgate populiste, n`avance en rien le débat d`idées. Bien au contraire, ces attitudes nous font descendre dans les poubelles de la connaissance. Au lieu de crier “les refondateurs sont nuls”, “sacrés refondateurs” “pauvre Mamadou" ou encore “les Ivoiriens sont des moutons”, vous pourriez exprimer clairement vos reproches à la refondation en tant que programme politique et vision du monde. Quels points contestez-vous et pourquoi ? Que proposez-vous ? Il est temps d’élever le débat. Pourquoi vous enfermez-vous dans la critique improductive ? Hier vous militiez pour que les étrangers soient jetés à la porte de la côte d`Ivoire. Hier vous proclamiez que Bédié et l`ivoirité étaient ce qu`il y avait de mieux pour la Côte d`ivoire. Hier vous défendiez l`idée que Gbagbo et Ado étaient les pires fléaux du pays. Aujourd`hui les amitiés de façade entre Ado et Bédié vous font dire que vous vous êtes trompés et que la seule calamité de la Côte d`Ivoire se nomme Gbagbo Laurent. Aujourd`hui vous dites ne plus en vouloir aux étrangers mais vous reprochez quand même aux Ivoiriens leur apathie face au contrôle de leur économie laissée aux mains d`intrus venus de France, du Liban, de Chine, du Mali ou du Burkina, et des autres pays voisins, dans le but de corrompre nos hommes, nos femmes, nos institutions et nos valeurs. N`est-ce pas ce que l`on a appelé à une autre époque de notre histoire “le changement dans la continuité” ? Et vous nous le dites si bien: “Je sais camarade, qu’il n’est pas facile de reconnaître qu’on s’est trompé. Mais le reconnaître, n’est pas se renier”. Chapeau mon bienheureux ! En vérité vous, vous n`avez pas changé c`est, le vent qui vous pousse qui a changé de direction. Les conditions initiales ne sont pas neutres Nous avons soif de découvrir les voies de progrès que vous proposez pour la Côte d’Ivoire. Si ces voies sont à la hauteur de la hargne de vos critiques, le débat s’annonce passionnant. Ce que j`essayais d`expliquer à vos lecteurs était que, tous ensemble nous devons, maintenant après ces deux décennies piteuses et ruineuses, comprendre qu`appliquer les mauvaises politiques aux mauvais moments est le meilleur moyen de produire la désolation et les horreurs. Gbagbo est le point d`achèvement d`une lignée partie de Houphouët à Bédié puis passée à Gueï. Il ne peut donc être comptable que de sa part, ni plus ni moins. Ses prédécesseurs aussi. N`oubliez pas que les conditions initiales jouent un rôle essentiel dans la trajectoire des nations. Alors mon bienheureux Venance, si nous arrêtions, dans notre façon de faire la politique, de haïr les joueurs pour concentrer notre énergie sur le jeu lui-même ?

Mamadou KOULIBALY,
3ème vice-président du FPI

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17 février 2010

IMPORTANTE SOCIETE RECRUTE... MENDIANTS

299x197_images_stories_mendiants_3Il est environ vingt heures et un quart sur le Boulevard Valéry Giscard d’Estaing d’Abidjan Treichville, plus connu sous l’appellation de "VGE". Le temps dans la capitale ivoirienne est humide, mais clément. Les sempiternels embouteillages, communs à cette artère, s’estompent peu à peu. Les files de véhicules sont devenues de moins en moins compactes, et certains automobilistes se permettent même un peu de vitesse. Soudain, un crissement assourdissant de pneus se fait entendre, au niveau du rond-point de la célèbre société des limonaderies et brasseries.

C’est une cylindrée bleue métallisée arrivant de la Zone 3 qui vient de freiner, au feu orange, devant une masse humaine se déplaçant sur les mains, qui a presque failli se jeter sous ses pneus. Manque de pot pour le conducteur qui voulait sûrement faire un dégagement rapide... Furieux, ce dernier baisse sa vitre et s’en prend au mendiant estropié, celui à qui il vient d’éviter de mourir écrasé : « m..., mais ça va pas non ? A terre, tu crois que qui te voit ? Et si je t’écrasais ? Vous êtes là, à traîner partout, au lieu de travailler. Vous pensez que c’est une vie ? ». Le mendiant, lui, n’en a cure. Face aux injures de l’automobiliste, il choisit de faire le pitre : « oh laisse ça vieux père ! Moi j’ai fini avec ça ! Tu penses que c’est fer (voiture ndlr) qui va me douf (me tuer, ndlr) à Abidjan ici quoi ? Et puis tu crois que c’est dans bureau seulement on travaille ? Ça là aussi c’est travail. » Les autres mendiants présents n’ont rien perdu des échanges vifs. Ils prennent le parti de leur congénère et chahutent à leur tour l’automobiliste excédé. « Continue demain et tu verras ; tu vas finir dans une pelle. M……alors ! », lance le conducteur de la cylindrée avant de s’éloigner sur des chapeaux de roues.

La scène n’a duré que le temps d’un changement de feu. Le mendiant – du nom de S.F – est très sûr de lui. La mendicité selon lui, serait donc un travail, tout aussi valorisant que tout autre.

Existerait-il donc des « entreprises » ayant la mendicité pour activité principale ? Dans l’affirmative, où sont-elles donc situées et qui sont les employeurs ? Comment sont-elles organisées ? Quel est dans ce cas, le profil du mendiant professionnel ? Autant de questions auxquelles il faut apporter des réponses. Avec l’aide de quelques mendiants intrépides – la loi du silence est maîtresse dans ce milieu – nous avons pu entrevoir la face cachée de l’univers des mendiants professionnels, celui que nombre d’Ivoiriens ignorent. Et pourtant…

Une entreprise pas comme les autres

Williamsville, quartier Sodeci, quelque part sur les hauteurs escarpées qui bordent l’autoroute qui mène à Abobo-Gare. Des baraques "en dur" couvertes de ver-de-gris, des "puits de poules" et de larges flaques d’eau stagnantes qui ne sont surtout pas à mettre à l’actif des pluies diluviennes de ces dernières semaines, vu leur aspect lourd et…stable. Tout un panorama. Et dire qu’au beau milieu des innombrables dédales que compte ce "bled", loge une …millionnaire.

"Tantie T.", c’est d’elle qu’il s’agit, doit son importante assise financière à ce que l’on pourrait apparenter à une véritable entreprise, même si aucun notaire n’a procédé à la constitution de société. Elle emploie, plus d’une quarantaine d’hommes et des femmes dont l’âge varie entre 16 et 40 ans, selon A.T., jeune mendiant d’environ 27 ans, officiant sur le tronçon Carrefour Duncan-Carrefour Perles. Postés aux grands carrefours et au bord des axes principaux de la zone Williamsville, Deux-Plateau et l’entrée d’Angré, les mendiants de "Tantie T." prennent fonction très tôt le matin, déposés aux différents endroits par un pick-up du genre bâchée. Dès cinq heures et demie, l’on peut déjà apercevoir les premiers mendiants s’installer, munis de petits bols en plastique, et de parapluies au cas où "Dieu déciderait de se laver", comme disent les habitants d’Abobo.

Cet après-midi, A.T. est accompagné de son cousin Fanny, victime d’une malformation dès sa naissance. Il vient le présenter à "Tantie T.", afin qu’il intègre l’équipe. C’est une dame d’une quarantaine d’années, au visage avenant et au sourire charmeur qui laisse entrevoir des gencives noircies. Revêtue d’un boubou jaune poussin surmonté d’un foulard bleu turquoise, sa quatre-vingtaine de kilos environ est à peine visible. Ses bijoux assez sobres mais étincelants font un coquet cliquetis à chaque mouvement de main, occupée qu’elle est à raconter quelque affaire à une dame qui l’écoute avec intérêt.

A.T. et son cousin font leur entrée dans la cour. La vue de cette masse informe (Fanny), mais tout de même humaine, ne semble choquer aucune des personnes présentes. Sans doute ont-elles été témoins de spectacles plus étonnants. Fanny n’a, en effet, pour seul membre valide que son bras droit, d’ailleurs très musclé, mais il se déplace avec une dextérité déconcertante. Il prend appui sur celui-ci, avant de faire basculer en avant le reste de son corps dans un mouvement giratoire… "Tantie T." les reçoit donc dans sa cour, un peu à l’écart. Rajustant de temps en temps son boubou fait de basin de qualité supérieure, elle écoute A.T., puis Fanny, avant de prendre la parole. L’entretien dure environ une demi-heure.

Tous les recrutements ne se déroulent, cependant, pas de manière si informelle. De véritables circuits organisés, convoyant des invalides des pays limitrophes vers la Côte d’Ivoire, s’ébranlent chaque jour sur les routes du pays. Arrivés en Côte d’Ivoire, les mendiants sont logés, nourris et blanchis, en échange de leurs services. Le mendiant travaille pour rembourser les frais du voyage ; après seulement, il peut commencer à gagner de l’argent et épargner. Nombreux sont les mendiants qui espèrent trouver leur compte dans ce schéma, afin de retourner investir dans leurs pays respectifs. La durée du "contrat" est la plus part du temps indéterminée.

CRITERES GENERAUX DE SELECTION

« Tantie T. m’a posé beaucoup de questions sur ma santé, ma famille, pourquoi je veux aller sur la route, ce que je fais de mes journées, si je ne suis jamais allé en prison… », relate Fanny, de retour de son entretien. L’on aura compris, n’est pas mendiant professionnel qui veut. Il faut, en effet, malgré sa tare, être en excellente condition physique. Le mendiant étant la plupart du temps exposé, ce ne serait pas bon pour le business qu’il soit constamment malade.

Outre cela, l’employeur vérifie les accointances du candidat avec le milieu carcéral. Et pour cause, le recrutement d’un candidat ayant trop d’affinités avec la justice, pourrait s’avérer dangereux à la longue.

Un autre critère, et non des moindres est le caractère du candidat, notamment sa relation au silence. « Quand "Tantie T." te voit comme ça là, elle sait en même temps si tu sais te taire ou bien tu ne sais pas te taire », renchérit A.T. Avant de d’expliquer : « la loi N° 1, c’est que le mendiant ne doit jamais rien dire sur la personne ou la raison qui l’a amené sur la route. Si tu remarques, c’est rare que tu demandes un renseignement à un mendiant et qu’il te le donne, surtout si c’est lui-même l’objet de tes questions. Alors là ce n’est pas la peine d’insister, sinon il va mal te répondre ».

Quatrième critère entre autres, l’élocution. Eh oui, le mendiant des temps modernes a compris que pour réussir à convaincre son interlocuteur de lui laisser une partie du contenu de sa bourse, il faille qu’il s’exprime dans un français standard au moins. Ainsi, quand "P.L." accoste les passants, propre, bien coiffée, maquillée et installée dans un fauteuil roulant, et mendiant sur le pas d’une maison située à l’angle de la rue 38 à Treichville, non loin de la pharmacie Notre Dame, c’est avec des mots biens articulés, le ton aimable, et une voix bien audible et quelque peu grasseyante qu’elle aborde les passants : « ma petite chérie, tu n’aurais pas un petit quelque chose pour ta Tata aujourd’hui ? »

Enfin, un dernier critère, qui aurait tout aussi bien pu être le tout premier : la nature de la malformation. Toutes les malformations, surtout les plus visibles et les plus « vérifiables » sont les bienvenues. Exit cependant, les tares mentales. Sur ce point, S.F, le mendiant du VGE cité plus haut, est catégorique: « si tu es toc-toc, ce n’est même pas la peine, sinon comment tu vas prendre l’argent avec les gens et comment tu vas faire le point à la fin de la journée ? »

Le profil du mendiant a subi une évolution au fil du temps. Ainsi, l’on remarquera aujourd’hui, que le vieil aveugle muni d’un bol en plastique se faisant guider par un enfant, est un concept qui tend à s’éloigner des grandes artères pour se rapprocher des mosquées ou autres petits quartiers. De nos jours, les mendiants les plus prisés sont jeunes et vigoureux, et leurs malformations doivent être le plus visibles possible. La malformation est aujourd’hui l’élément sur lequel s’appuie le business de la mendicité pour fonder sa stratégie. En effet, plus le mendiant est malformé, plus il suscite d’émotion et de compassion, et plus il est susceptible de rapporter une recette importante.

LE NERF DE LA GUERRE

La question du point financier. Parlons-en justement. Toujours selon S.F., la recette est journalière, et varie en fonction de la zone où l’on se tient pour mendier. Ainsi, pour les mendiants qui travaillent dans les quartiers résidentiels, elle ne se situe pas en dessous de 15 000 francs CFA. Pour les quartiers dits populaires, ce ne sont pas moins de 8 000 francs CFA qui sont versés par mendiant. A.F, qui travaille pour "Tantie T.", verse, lui, en moyenne 12 000 francs CFA. Mais il tient à signifier que cette somme change également en fonction des saisons : « La saison des pluies ne nous arrange pas du tout. On ne gagne pas grand-chose, car le travail est perturbé », se plaint le jeune homme, vêtu d’un tee-shirt rouge délavé et d’un short qui a, un jour, dû être noir. La rémunération du mendiant s’effectue de façon journalière. Mais aucun mendiant n’a accepté de dire exactement ce qu’il gagnait.

DEBOUCHES

Comme tous les travailleurs, le mendiant professionnel pense à la retraite. Rares sont, en effet, ceux qui choisissent de carrière dans la mendicité, et y font de vieux os. La plupart préfèrent se reconvertir dans d’autres secteurs d’activité, notamment le secteur tertiaire. Monsieur A.N, ex-mendiant, s’est reconverti dans le commerce, après avoir mendié pendant une dizaine, voire une quinzaine d’années dans la commune d’Adjamé. Ce cinquantenaire possède, depuis l’année 2000, sa propre flotte de mini cars communément appelés "Dyna", assurant le transport entre la capitale et une ville du Nord-Est du pays.

Dame B.D., elle, a plutôt opté pour le secteur du bâtiment. Après avoir accumulé une somme considérable, pendant seize années passées à mendier dans la commune de Marcory, cette dame qui flirte avec la cinquantaine a pu réaliser la construction de cinq cours communes dans la commune d’Abobo, ainsi que trois villas basses de trois pièces chacune dans la commune de Koumassi.

La mendicité nourrit son homme, serait-on tenté d’affirmer fort de ce qui précède. Les mendiants professionnels se multiplient de jour en jour, à la faveur de la sacro-sainte crise économique que subit notre pays depuis quelques années déjà. Prétexte fallacieux, ou tout simplement décadence sociale ? Pourtant, l’aumône, ce précepte religieux supposé assurer les faveurs de l’être suprême, est une preuve palpable de solidarité humaine. Dès lors, quelle position adopter ? En attendant que soient situées les responsabilités, il se pose cet épineux cas de conscience, qui surgit de l’esprit, à chaque fois que l’on est face à un mendiant, professionnel ou pas : donner, ou ne pas donner ? That is the question.

Ghislaine ATTA

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28 janvier 2010

Eléphants, l' élimination était prévisible.

elephantsLa Can 2010 a permis aux Ivoiriens dans leur ensemble de comprendre que la génération dorée incarnée par Didier, Yaya Touré et autres ne peut pas remporter un trophée d’envergure.

Révélations troublantes sur les causes de la dernière débâcle en Angola.

Les Eléphants footballeurs ne font plus la fierté du peuple ivoirien. Depuis le dimanche 24 janvier 2010, les sportifs éburnéens portent encore le deuil. La déculottée subie face aux Fennecs d’Algérie alimente encore les conversations. Pouvait-il en être autrement ? Pour ceux qui suivent cette pseudo-génération dorée, rien d’étonnant. Didier Drogba, Yaya Touré, Kolo Touré, Bamba Souleyman et Consort, se voient au sommet de leur art. Ils se considèrent comme de véritables stars pour qui le drapeau orange, blanc, vert n’a pas grande valeur. Mouiller le maillot lors des compétitions internationales auxquelles participent leur pays, n’est pas une une exigence morale, encore moins un devoir civique. Ils jouent donc à leur guise malgré l’espoir placé en eux. En claire, c’est la Côte d’Ivoire qui devait être reconnaissante vis-à-vis d’eux dans la mesure où ils ont accepté pour la plupart de venir porter la tunique tricolore. C’est cela qui peut expliquer leur propension à jouer comme de véritables cadres sur l’aire de jeu. Mieux, ce qui compte à leurs yeux, c’est le show, les belles femmes et la luxure. Même en regroupement, ils ne s’en privent pas, rangeant aux placards les principes d’éthique, et de règles fixées par la FIF. Que n’a-t-on pas entendu après la débâcle à la Can 2008 au Ghana ? Des femmes avaient été convoyées à Takoradi-Sekondi pour tenir en haleine ‘’nos chers pros’’. Des voix avaient dénoncé ces actes inadmissibles. Mais rien n’y fit. Idriss Diallo, le collaborateur de Jacques Anouma, cité dans cette affaire n’a pas été entendu tout comme Cyrille Domoraud et Tizié Jean-Jacques taxés à tort ou raison de ‘’convoyeurs des gos’’. La vie a continué et les habitudes ont poursuivi leur élan. Pour cette Can 2010, même son de cloche à Cabinda en Angola.

Ils ont fêté l’anniversaire de Bamba

« Ils ont la tête à la fête », dixit Robert Nouzaret, l’ancien sélectionneur français des Eléphants de Côte d’Ivoire. Il ne croyait pas si dire, ce technicien qui a fait découvrir Didier Drogba, Emerse Faé et bien d’autres joueurs ivoiriens qui étaient sur le point de s’engager avec la France. Les Eléphants de Didier Drogba aiment les shows infernals en boîte de nuit. Tous sans exception. Et qui dit show, dit bien sûr les femmes. A chacun de leur regroupement à Abidjan, c’est une horde de jeunes filles qui défile dans leur hôtel. On les appelle « chasseurs d’Eléphants ». Que dire de leurs nombreuses virées en boîtes de nuit à bord de leurs gosses Cylindrées ? Epoustouflant et magique ! L’on se croirait dans les rues New-yorkais aux Etats-Unis.

L’amusement à outrance, c’est l’apanage des pros ivoiriens qui, il faut l’écrire, ne mènent pas cette vie en Europe. C’est une fois en sélection qu’ils se la coulent douce sans se sourciller des responsables de la FIF. Excepté Anouma, personne ne peut leur tenir tête. Que peut dire Idriss Diallo devant Didier Drogba, Yaya Touré et autres millionnaires de l’équipe nationale ? Allez savoir. Et puis ne sont-ils pas des professionnels et des joueurs expérimentés ? Ils peuvent donc sabler le champagne à la veille d’un match d’envergure. C’est pourquoi à Cabinda, ils ont fêté avec brio l’anniversaire de Bamba Souleyman. Un show-anniversaire qui a rassemblée de nombreuses jeunes filles, pendant que les adversaires se concentraient en vue d’affronter les étapes suivantes. Vahid Halilhodzic et les responsables fédéraux n’ont pas eu la poigne nécessaire pour les décourager dans cette initiative. Et depuis ce jour-là, Didier Drogba et ses camarades exigeaient des quartiers libres pour disent-ils se ressourcer et vaincre l’oisiveté.

Bamba Souleyman, qui s’est soudain trouvé des allures de stars, a poussé des ailes et est rentré dans la starmania. Cené Siaka, Kalou Salomon et Bamba Souleyman ont plutôt impressionné par leurs nouvelles coiffures lors du quart de finale devant l’Algérie. On ne le dira jamais assez, la gestion des joueurs ivoiriens est l’une des causes de la dernière débâcle à la Can. A l’heure actuelle du bilan, l’humiliation prend le dessus sur la désolation.



Un patriotisme chancelant !

Qui pourrait ne pas se réjouir d’une victoire des Eléphants? D’aucuns diront certes que le peuple est ingrat. Mais qu’on se le dise honnêtement. On sait quand les pachydermes ont véritablement mouillé le maillot. En 2006 par exemple, une foule immense a réservé un accueil chaleureux aux Eléphants à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny lors de leur retour au bercail après la finale perdue de la Can au Caire. Parce que ce jour-là, les Eléphants de Didier Drogba avaient tout donné mais les dieux du foot n’étaient pas au rendez-vous. Il y a même eu mort d’hommes le 29 mars au Félicia à cause des Eléphants. Mais cela n’a pas joué sur la mobilisation des supporters ivoiriens.

Ils ont cru aux Eléphants avant que ces derniers démontrent qu’ils ne méritent pas les faveurs du peuple. La Can 2010 en a été l’illustration parfaite. Des professionnels qui jouent comme des amateurs sans motivation ? Il faut le faire ! Comparaison n’est pas raison, mais il faut reconnaître que le Cameroun de Samuel Eto’O Fils ne capitule pas même quand l’adversaire lui tient tête. Les Lions Indomptables savent se battre jusqu’au bout. C’est cela qui manque cruellement aux Eléphants. Didier Drogba excellent à Chelsea et qui a marqué les esprits à Marseille par son sens du but est devenu le sélectionneur sic en équipe nationale. En vertu de quoi ses arguments doivent décider du sort d’un joueur ? Le patriotisme a pris un sérieux coup en équipe de Côte d’Ivoire. Quels joueurs dorénavant pour le Mondial 2010 ?

© abidjan.net : Jacques Varnié

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01 octobre 2009

Les exactions de Dadis Camara, la honte de l' Afrique

Cet homme est la honte de tout un continent. Regardez les images de la barbarie policière en Guinée.

viol_28sptmbr_09okbarbarie Les guinéens meritent-ils un tel président et une telle humiliation?

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23 septembre 2009

L' illusion comique d' ADO

014082009114859000000adopaluL’Illusion comique est une pièce de théâtre en cinq actes écrite par Pierre Corneille en 1635, représentée pour la première fois au théâtre du Marais en 1636 et publiée en 1639 chez François Targa. Si cette pièce n’a rien à avoir avec le tableau politique ivoirien, nous pouvons au moins emprunter le titre pour caricaturer les pensées politiques du leader du RDR, lequel vraisemblablement joue la pure comédie digne de Corneille. Et pour cause.

«… Un projet comme celui que je viens de vous présenter est cohérent. Ce n’est pas un catalogue de promesses. Il est sérieux! Il est crédible! Nous l’avons chiffré. Nous savons avec précision combien il va nous coûter. Nous avons besoin en 5 ans de 8 à 10 milliards de FCFA, en plus de nos ressources propres. Nous aurons besoin du soutien de la communauté internationale. Cela ne devrait pas poser problème. Car vous savez tous que mobiliser des fonds, je sais le faire. C’est mon métier. Faites-moi confiance! (…) ce que je vous demande c’est de me donner un mandat clair pour mener à bien le vaste chantier du renouveau de notre pays» (ln Soir Info n° 4229 du mardi 7 octobre 2008 p6). Quel commentaire suscite un tel discours? On constate qu’Ado attaque, comme il est de règle dans de telles circonstances, tous ses adversaires potentiels et en particulier le Président de la République, dont il qualifie les projets de catalogue de promesses (entendez promesses creuses). Ces projets seraient non seulement incohérents, mais aussi ni sérieux, ni crédibles, encore moins chiffrés. Mais lui ADO sait de quoi il parle. Mon œil !

Il appartient à tout candidat de présenter aux électeurs le programme pour lequel il demande à être choisi, il convient quand même de leur présenter un programme fiable et crédible et surtout honnête. Ado affirme qu’il aura besoin d’ un budget de 10.000 milliards pendant les 5 ans de pouvoir qu’il sollicite, en plus des ressources propres du pays, chose qui signifie, étant donné que le budget annuel de la Côte d’Ivoire ces dernières années a toujours avoisiné les 2000 milliards, avec moins de 20% de ressources extérieures, Mr. Ouattara compte gouverner avec un budget d’environ 4000 milliards avec plus de 50% de ressources extérieures. Ce serait endetté à nouveau la Cote d’ Ivoire.

Récapitulons les promesses d’ADO : Yopougon:1000 milliards ; Sassandra:121 milliards FCFA ; San Pedro: 375 milliards FCFA ; Toumodi:58 milliards FCFA ; Yamoussoukro: 500 milliards FCFA ; Mbahiakro : 80 milliards FCFA ; Bouaké : 310 milliards ; Oumé : 70 milliards ; Divo : 247 milliards FCFA. Et surtout n’oubliez pas de vous inscrire sur la liste de ADO pour ne pas rater la pluie de milliards qui tombe sur la terre d’Eburnie.

Nous sommes curieux de savoir d’où proviendra cet argent ? Suffira t-il pour Ado de lever le petit doigt pour que ses amis se dépêchent à décaisser ? A la vérité, Dramane Ouattara prend le peuple ivoirien un peuple ignorant sans culture économique. Il pense que les Ivoiriens ne sont pas assez intelligents pour savoir que ces institutions ou sont assis ses amis, ne donnent pas de l’argent, mais elles le prêtent aux Etats qu’elles jugent crédibles selon leurs propres critères. Si tel était même le cas que Sieur Ouattara pouvait mobiliser une telle somme, ne sommes-nous pas en mesure de lui demander pourquoi il ne l’a pas fait quand il était PM sous Houphouët ? Les Ivoiriens dont je suis si fier se souviennent encore de son passage douloureux pour eux à la primature. Plutôt que de faire valoir sa « capacité de mobilisateur de fonds extérieurs », L’homme venu tout droit du FMI a instauré la carte de séjour ; premier pas vers le concept d’ivoirité (que le Président Gbagbo vient de supprimer), diminué les salaires des enseignants de moitié par une loi lâche et injuste, privatisé (et re acheté) des entreprises étatiques et procédé à une honteuse dévaluation de notre déjà dévaluée monnaie avec pour seul but de renflouer les caisses de l’état. Ou étaient donc ces amis dont il se vante tant ? Pourquoi n’avoir pas actionné ses contacts pour aider le pays là il en avait plus besoin ?

La réalité est que ADO veut encore endetter un pays souffrant au moment ou il fait mains et pieds pour l’obtention du point de décision de l’initiative renforcée pour les pays pauvres très endettés (PPTE), ce qui ferait gagner à la Côte d’Ivoire, environ 500 milliards par an.

Considérons maintenant que le sieur ADO ait vraiment des amis qui peuvent l’aider à sauver la Cote d’ Ivoire comme il le prétend ; la question récurrente de ce constat serait de lui demander pourquoi il ne fait rien pour ville dont il dit être originaire ; c’est-à-dire Kong ? Si vous n’avez jamais vu la misère dans toute sa nudité et laideur, faites un tour à Kong.

Cette ville qui sortait de plus en plus de sa léthargie au début des années 2000 s’est retrouvée dans une misère des plus absolues avec l’arrivée des gens qui disaient défendre la cause du Nord ?! Ado peut se vanter d’avoir des amis, mais des actes concrets ici en Cote d’Ivoire lui manquent. Il n’a servi à aucun poste électif contrairement aux Houphouët ; Bédié et Gbagbo qui ont été d’abord députés avant d’être Présidents.

Tout ce qu’il connaît, ce sont des nominations à divers postes de responsabilités grâce à ses amis. Il a jusque là réussi, mais pour diriger la Cote D’Ivoire, il devra encore prouver plus. Finalement Ado n’est qu’un mirage tout comme l’est son programme. Voter pour ADO serait donc vouloir endetter davantage la Cote D’Ivoire, lui dire que l’homme peut à tout moment déstabiliser le pays comme il le veut et lui donner le droit de venir avec de nouvelles lois cyniques et iniques. Gardons nous de donner à ce DJ Milliard une telle responsabilité. Il peut continuer son chant ; c’est son droit. Krikata krikata ban ban !

Henri Gosse

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20 août 2009

ANALYSE : Afrique : la résurgence des coups d’Etat et des tentatives de coups d’Etat

article_photo_1230028604558_5_0 Le dernier coup d’Etat militaire en date sur le continent africain, intervenu en Guinée, le 23 décembre dernier au lendemain de la mort du Président Lansana Conté qui avait dirigé le pays durant 24 ans, vient s’ajouter à la longue liste des coups d’Etat et tentatives de coups d’Etat ayant fait du continent africain le lieu privilégié de ce mode d’accession au pouvoir en ce XXIe siècle. Définitions du coup d’Etat Pour définir le coup d’Etat, nous retiendrons quelques exemples de définitions. Pour Paul LEROY, « le coup d’Etat s’analyse en un changement de gouvernement opéré, hors des procédures constitutionnelles en vigueur, par une action entreprise au sein même de l’Etat au niveau de ses dirigeants ou de ses agents. Cette action (…) est soudaine et sollicite généralement la force » (« Le coup d’Etat », in O. DUHAMEL et Y. MENY, Dictionnaire constitutionnel, Paris : P.U.F, 1992, p. 240). Pour Jean-Pierre PABANEL, « c’est une pratique volontaire et consciente de l’armée ou d’une partie de celle-ci pour s’emparer des institutions étatiques et occuper le pouvoir d’Etat » (Les coups d’Etat militaires en Afrique noire, Paris : L’Harmattan, 1984, p. 5). Pour Issaka SOUARE, c’est « une saisie illégale au plus haut niveau de l’autorité d’un Etat par un nombre restreint des officiers militaires dans une opération discrète qui ne dépasse pas quelques jours » (Guerres et civiles et coups d’Etat en Afrique de l’Ouest : comprendre les causes et identifier des solutions possibles, Paris : L’Harmattan, 2007, p. 55). Ces définitions permettent de distinguer le coup d’Etat du conflit armé interne ou de la rébellion. En effet, contrairement à un conflit armé interne ou à la rébellion, le coup d’Etat ne dure pas longtemps. Il se caractérise par sa soudaineté, sa brièveté. Le caractère discret du coup d’Etat implique un nombre réduit d’acteurs alors que pour le conflit armé interne, on a besoin d’un grand nombre de personnes. Condamnation du coup d’Etat comme mode d’accession de pouvoir en Afrique Pendant la période 1960-1990, la seule forme de prise de pouvoir dans les pays africains était le coup d’Etat : 267 coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat ont été dénombrés (1). L’adoption de nouvelles Constitutions instituant le multipartisme par les pays africains dans les années 1990 avait fait croire que la période des coups d’Etat, qui était le seul moyen de prendre le pouvoir auparavant dans un contexte de parti unique, était révolue. Mais il continue de ponctuer la vie politique des pays africains. En moyenne, on dénombre par an au moins 3 coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat depuis 1990, à tel point qu’en juillet 1999, lors du 35e sommet à Alger (Algérie) de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) devenue Union africaine (UA), une déclaration condamnant l’usage du coup d’État comme mode d’accession de pouvoir en Afrique a été adoptée. Pour autant, il y a lieu de constater que ce texte n’a pas fait baisser cette moyenne. On continue de recenser des coups d’Etat et tentatives de coup d’Etat sans compter ceux imaginaires ou inventés par certains dirigeants pour détourner l’attention de leurs citoyens sur les vrais problèmes et faire des purges et des exécutions sommaires et extrajudiciaires. Causes des coups d’Etat en Afrique La déclaration d’Alger ne semble pas avoir mis fin à la pratique des coups d’Etat militaires comme mode de conquête de pouvoir et l’Afrique sera, sans nul doute, en proie dans les mois et les années à venir, à un nombre sans cesse croissant de projets de coups d’État, voire des coups d’État si leurs causes ne sont pas identifiées en vue de les prévenir. Les signes avant-coureurs sont perceptibles dans bon nombre de pays africains. En effet, selon beaucoup d’auteurs, « l’environnement sociopolitique » prévalant dans les pays concernés est la cause principale des coups d’Etat. Selon ces auteurs, la faible culture politique, voire son inexistence dans certains pays, rend vulnérables ces pays à l’intervention militaire dans les affaires politiques (2). Tout porte à croire que l’Union Africaine et ses partenaires, tels que l’Union Européenne, les Nations Unies, l’Organisation internationale de la Francophonie, pourtant engagés dans la prévention des conflits, n’ont pas encore pris l’ampleur de ce phénomène, se contentant à l’annonce de chaque coup d’État ou tentative de coup d’État déjoué, de condamner sans s’attaquer aux causes sous-jacentes, notamment l’opposition muselée, le refus d’alternance, les élections truquées, le « tripatouillage » des Constitutions pour supprimer la clause de limitation des mandats à deux quinquennats ou pour léguer le pouvoir à qui on veut, le plus souvent au fils du président comme au Togo… Ce feuilleton sans fin de coups d’État et de tentatives de coups d’État appelle à une réflexion urgente sur le mécanisme d’accession au pouvoir en Afrique. Pour ce faire, tout comme le bannissement des coups d’État, les fraudes électorales, les missions internationales d’observation électorale dévoyées, les « tripatouillages » des Constitutions doivent être condamnés et sanctionnés. Quelle solution ? L’Union Africaine, par la déclaration d’Alger de 1999, condamne toute rupture de l’ordre constitutionnel résultant des coups d’État avec des sanctions automatiques contre les auteurs. Mais aucune mesure n’est prévue contre les dirigeants qui usent de manœuvres frauduleuses et du « tripatouillage » des Constitutions pour se maintenir durablement au pouvoir. Au risque de voir se proliférer dans les prochaines années, des coups d’État « libérateurs », pour changer de régime et favoriser l’alternance, les signes annonciateurs (bâillonnement de l’opposition, fraudes électorales, « tripatouillage » des Constitutions…) subsistant dans bon nombre de pays, il est impératif pour l’Union Africaine et ses partenaires de repenser la gestion du pouvoir politique dans les pays africains. Il convient de renforcer les capacités des acteurs politiques à animer une vie politique apaisée et démocratique en Afrique, ce qui implique l’exigence d’élections libres et transparentes pouvant conduire à des alternances démocratiques. A défaut d’élections libres et transparentes qui pourront permettre de voir se succéder aux affaires des hommes et des femmes plus inspirés et animés par l’exigence de résultats, proposant des idées nouvelles et performantes pour sortir résolument les populations de la misère, nous assisterons à la multiplication des coups d’État et des projets de coups d’État avec le « risque jurisprudentiel Bozizé-Guéi » (3), contre les dirigeants africains dont la mauvaise gouvernance et le refus de l’alternance cristallisent nombre de critiques. Loin de moi l’idée de défendre ou de justifier les coups d’État ou les projets de coups d’État, même ceux qualifiés de pro-démocratiques car ayant pour objectif de créer les conditions de l’essor de la démocratie. D’ailleurs quelle opposition dans beaucoup de pays sur le continent ne s’en prévaudrait pour souhaiter la même thérapie à son profit ? Le risque est grand que la résurgence des coups d’Etat persiste car l’Union Africaine pas plus que ses partenaires, malgré leur condamnation de toute prise de pouvoir par ce biais, ne sont pas en mesure de faire pression sur les dirigeants actuels des pays africains pour garantir des élections libres et transparentes aux populations africaines et un droit de l’opposition à une alternance démocratique, meilleurs antidotes contre les coups d’Etat en Afrique. --------------------------------------------------------------------------------

Les images sont de la redaction

Coups d’Etat et tentatives de coup d’Etat en Afrique depuis 1999

1999
9 avril, Niger, coup d’Etat
30 avril, Comores, coup d’Etat
24 décembre, Cote d’Ivoire, coup d’Etat

2001
8 janvier, Cote d’Ivoire, tentative de coup d’Etat
16 janvier, Congo Démocratique, tentative de coup d’Etat
22-23 juillet, Burundi, tentative de coup d’Etat
28 mai, Centrafrique, tentative de coup d’Etat
19 décembre, Comores, tentative de coup d’Etat
2-3 décembre, Guinée-Bissau, tentative de coup d’Etat

2002
19 septembre, Cote d’Ivoire, tentative de coup d’Etat
5 août, Niger, tentative de coup d’Etat
25 octobre, Centrafrique, tentative de coup d’Etat

2003
15 mars, Centrafrique, coup d’Etat
7-8 juin, Mauritanie, tentative de coup d’Etat
9 juin, Liberia, tentative de coup d’Etat
16 juillet, Sao Tomé e Principe, tentative de coup d’Etat
14 septembre, Guinée-Bissau, coup d’Etat
Fin septembre, Burkina Faso, tentative de coup d’Etat

2004
Mars, Guinée-Equatoriale, tentative de coup d’Etat
28 mars, Congo Démocratique, tentative de coup d’Etat
11 juin, Congo Démocratique, tentative de coup d’Etat
9 août, Mauritanie, tentative de coup d’Etat
28 septembre, Mauritanie, tentative de coup d’Etat

2005
5 février, Togo, coup d’Etat
3 août, Mauritanie, coup d’Etat

2006
22 mars, Gambie, tentative de coup d’Etat
13 avril, Tchad, tentative de coup d’Etat
Août, Burundi, tentative de coup d’Etat

2007
19 juillet, Liberia, tentative de coup d’Etat

2008
6 août, Mauritanie, coup d’Etat
22 novembre, Guinée-Bissau, tentative de coup d’Etat
23 décembre, Guinée, coup d’Etat

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17 août 2009

Si j’étais président...

08/11/2008 12:40:23 | Jeune Afrique | Par : Propos recueillis par François Soudan et Marwane

Si j’étais président...

014082009114859000000adopalu

Après Guillaume Soro et Henri Konan Bédié, Jeune Afrique poursuit sa série d’entretiens avec les principaux acteurs de la prochaine élection présidentielle ivoirienne. Cette semaine : Alassane Dramane Ouattara, ancien Premier ministre et candidat du RDR. Celui que ses adversaires ont qualifié de « plus grand diviseur » se veut l’homme de l’apaisement et de la réconciliation.

Lorsqu’il fêtera, le 1er janvier prochain, son 67e anniversaire, le fils de Dramane Ouattara et de Nabintou Cissé ne sera sans doute pas président de la République de Côte d’Ivoire. Pas encore ? Même si tous les indicateurs convergent vers un nouveau report de l’élection présidentielle pour le premier semestre de 2009, le candidat Alassane Dramane Ouattara compte plus que jamais conquérir un totem qui, il en est convaincu, lui a échappé, il y a huit ans, faute d’être autorisé à concourir. S’il est une chose en effet dont l’enfant de Kong ne manque pas, c’est bien de confiance en lui et de conscience de sa valeur.
Quatorze années de FMI, poste de directeur général adjoint à la clé, dix-sept de BCEAO terminés sur la plus haute marche, celle de gouverneur, et trois ans de primature à l’ombre d’Houphouët ont ancré en lui un sentiment de supériorité qu’en cette précampagne électorale il assume avec allégresse. Oui, dit-il, il est le meilleur, l’homme qu’il faut pour redonner à la Côte d’Ivoire son lustre d’antan. Au cœur du maelström politique ivoirien depuis quinze ans, ce descendant d’empereur que trois chefs d’État successifs ont tenté en vain d’éliminer de la course joue donc la partie de sa vie avec la conviction d’avoir en poche les meilleures cartes. Le problème étant, bien évidemment, que ses deux grands concurrents - Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo - nourrissent à peu près la même certitude en ce qui les concerne.
L’entretien qui suit a été recueilli fin octobre au siège de Jeune Afrique, à Paris, en marge d’un court séjour du président du Rassemblement des républicains [RDR] dans la capitale française. Alassane Ouattara, qui bénéficie toujours d’une protection policière officielle lorsqu’il se rend en France, a répondu à nos questions pendant près de deux heures. Avec un objectif précis : se placer au-dessus de la mêlée.


Jeune Afrique : Comment doit-on vous appeler ? Monsieur le Premier ministre ? Monsieur le président du RDR ?
Alassane Dramane Ouattara : Monsieur Ouattara.

Lors de votre discours d’investiture en tant que candidat à l’élection présidentielle, le 4 octobre à Yamoussoukro, vous avez soigneusement évité de vous en prendre à vos concurrents : « Je n’insulterai personne, je respecte tout le monde », avez-vous répété. Simple posture tactique ?
Pas du tout. Tous les candidats ont leur vision, leur programme, leurs militants et leurs électeurs. Ne serait-ce que par respect pour les Ivoiriens qui les soutiennent, je me dois de ne pas les blesser. C’est la moindre des choses.

Un positionnement fort différent de celui d’Henri Konan Bédié, avec qui, pourtant, vous avez noué une alliance pour le second tour. Lui, il a mangé du lion.
Chacun a sa manière de voir. Je n’ai aucun commentaire à ajouter.

En revanche, le président Laurent Gbagbo semble être sur la même longueur d’onde que vous. Lors de sa tournée dans le Nord, à la mi-octobre, il n’avait que le mot « paix » à la bouche.
C’est une excellente chose. Il faut pacifier.

Revenons à votre discours. Sans jamais accuser personne, vous dressez tout de même de la Côte d’Ivoire un tableau quasi apocalyptique : « situation intolérable et scanda­leuse… bilan ­catastrophique… déliquescence… les Ivoiriens ont peur », etc. Et puis vous concluez : « Je n’insisterai pas. » C’est un peu court.
J’ai décrit la Côte d’Ivoire telle qu’elle est. La situation économique est mauvaise, les Ivoiriens sont fatigués, la pauvreté s’accroît, les maladies comme le sida et le paludisme font des ravages, les villes sont de plus en plus insalubres, la misère sévit dans les campagnes, surtout dans le Nord, l’opacité est de mise dans la filière café-cacao et dans le domaine pétrolier. C’est un simple constat.

Qui est responsable de quoi ?
Cela dépend de la période. S’il s’agit de ces dernières années, les responsables sont évidemment ceux qui sont aux affaires aujourd’hui. Mais on peut aussi envisager une période plus longue. C’est pourquoi je dis que la responsabilité, à des degrés divers, est largement collective. Mais je ne voudrais pas m’attarder sur le passé.

Quelle est votre propre part de responsabilité ?
Il est clair que le début des multiples problèmes qu’a connus et que connaît toujours la Côte d’Ivoire date de la disparition du père de la nation, Félix Houphouët-Boigny, le 7 décembre 1993. J’ai dénoncé, depuis, souvent et avec vigueur, les multiples dérives, les drames et les abus de pouvoir. Peut-être l’ai-je trop fait de l’extérieur et pas assez de l’intérieur. Peut-être y avait-il une autre manière d’agir. Pourquoi tout cela est-il arrivé ? C’est une question que je ne cesse de me poser.

Vous dénoncez également « le clientélisme dans les nominations » et « l’affairisme généralisé ». Soyez plus précis.
Tous les Ivoiriens savent de quoi je parle. Ils savent comment se passent les concours d’entrée à l’ENA, à l’École de police ou de gendarmerie. Tout se monnaie, tout se joue avec la corruption et le tribalisme. C’est affreux ! Lorsque j’étais Premier ministre, de 1990 à 1993, tout cela n’existait pas ou très peu, et les sanctions étaient systématiques.

Au chapitre des épisodes qui, selon vous, ont fait « reculer la Côte d’Ivoire », vous citez le coup d’État de décembre 1999 contre le président Bédié. Pourtant, à l’époque, vous aviez qualifié ce putsch de « révolution des œillets à l’ivoirienne », et des ministres RDR ont participé pendant cinq mois au gouvernement du général Gueï. Le regrettez-vous ?
Non. J’ai toujours été par principe contre les coups d’État et je l’ai dit à l’époque. En soi, un régime militaire est une mauvaise solution. Mais il faut aussi se souvenir qu’en décembre 1999 toute la direction de mon parti était en prison. Je ne pouvais donc que me réjouir de sa libération. Il faut aussi se rappeler des déclarations très prometteuses faites alors par les nouveaux dirigeants sur les thèmes de la citoyenneté, de la justice et de la bonne gouvernance. Inutile de préciser que j’ai été rapidement déçu.

Comprenez-vous que votre alliance actuelle avec le président Bédié, que vous aviez très vivement critiqué lorsqu’il était au pouvoir, puisse encore laisser sceptiques bien des Ivoiriens ?
Écoutez : c’est vrai qu’il y a eu des problèmes graves entre nous, c’est vrai que la Côte d’Ivoire a connu, dans les années 1990, une situation d’injustice et d’exclusion inacceptable. Mais c’est vrai aussi que le président Bédié et moi nous nous en sommes depuis expliqués. Nous avons décidé de dépasser tout cela dans le cadre d’une vision commune de l’avenir de notre pays.

Votre programme électoral sur cinq ans est séduisant, sans nul doute. Mais aussi cher, très cher. « 8 000 à 10 000 milliards de F CFA en plus de nos ressources propres », dites-vous. Soit cinq fois le budget annuel de la Côte d’Ivoire !
Mon programme pour la Côte d’Ivoire est ambitieux, mais réalisable. Il comporte deux grands objectifs : l’amélioration de la qualité des services publics de base que sont la santé, le logement, l’éducation, l’eau, l’électricité, et la création d’emplois, notamment pour les jeunes.
Ainsi, nous prévoyons un Plan Santé pour tous les Ivoiriens grâce à une assurance maladie à 1 000 F CFA par mois. En matière de logement, nous nous engageons à ce que chaque Ivoirien ait un toit. Pour cela, nous ferons construire chaque année 50 000 logements à 5 millions de F CFA pièce. Cette somme sera financée par un prêt bancaire remboursable sur vingt-cinq ans, à raison de 25 000 F CFA mensuels.
Tous les autres secteurs comme l’éducation, les routes et les pistes, l’électricité, l’eau potable, la justice, la sécurité, l’agriculture, etc. sont également concernés par ce programme, qui est précis et chiffré. Maintenant, le financement : cinq fois le budget annuel de la Côte d’Ivoire, comme vous dites. Mais cela n’a rien d’extraordinaire ! Beaucoup de pays africains reçoivent une aide extérieure supérieure à leurs ressources nationales. Je prévois que notre dette extérieure, qui est de 6 000 milliards de F CFA, sera considérablement allégée, voire effacée, dans les deux ans et que les financements de la communauté internationale, du FMI et de la Banque mondiale, qui sont bloqués depuis dix ans, seront enfin disponibles. Je compte également sur le redémarrage des investissements privés et de la croissance dans un environnement politique apaisé et sécurisé.

Beaucoup repose sur votre capacité à mobiliser l’aide et les financements. Vous dites : « Faites-moi confiance, je sais faire, c’est mon job. » C’est aussi simple que cela ?
Oui, je sais faire. J’ai eu par le passé à négocier des programmes avec des pays aussi importants que le Maroc, la Tunisie, le Nigeria, les Philippines, et bien d’autres encore. La confiance, la qualité des individus qui négocient, leur capacité à tenir les engagements pris, c’est cela qui est déterminant. Ce que j’ai réussi à accomplir pour d’autres pays, j’y parviendrai a fortiori pour le mien. Sans trop de difficultés.
   
Au risque d’accroître la dépendance de la Côte d’Ivoire vis-à-vis de l’extérieur…
Il faut savoir ce que l’on veut : c’est développer la Côte d’Ivoire et sortir du marasme un pays qui, il y a quinze ans, pouvait être rangé dans la catégorie des pays émergents. Je mobiliserai des ressources aux conditions que j’aurai moi-même arrêtées, et ceux qui pensent que je vais pour cela réendetter la Côte d’Ivoire se trompent. L’effacement de notre dette extérieure actuelle générera des ressources importantes, l’aide bilatérale ne se fera pas uniquement sous la forme de prêts, et les investisseurs privés auront la possibilité de se rembourser sur place - via le système des péages pour les autoroutes par exemple. Notre degré d’endettement, tant auprès des institutions internationales que du marché des capitaux, sera à la fois contrôlé et raisonnable.

Votre « je sais faire » renvoie également à une période précise : celle où vous étiez Premier ministre. Une période à propos de laquelle les critiques ne manquent pas. On vous reproche ainsi d’avoir bradé les secteurs de l’eau et de l’électricité au profit d’intérêts français, d’avoir instauré le salaire à double vitesse pour les enseignants, etc.
Cela s’appelle critiquer pour ne rien dire. Si la Côte d’Ivoire, contrairement aux pays voisins, ne connaît pratiquement pas de coupures d’électricité, c’est bien parce que nous avons privatisé ce secteur. Quant au salaire à double vitesse, c’était une nécessité temporaire en attendant une dévaluation du franc CFA que je savais inéluctable. Gouverner, c’est prévoir.

Un économiste réputé, l’Américain Joseph Stiglitz, qui fut d’ailleurs l’un de vos collègues au FMI, a mis en cause l’opacité du processus de privatisation que vous avez mené.
C’est son droit. Que me reproche-t-il ? L’absence d’appels d’offres ? Mais j’ai mis en place un comité ad hoc, et puis je n’avais pas le temps d’attendre, nous étions à deux doigts de la panne généralisée. Le groupe Bouygues gérait déjà le secteur de l’eau en Côte d’Ivoire à la satisfaction de tous. Il était là, disponible. La décision a donc été facile à prendre et je ne la regrette pas. La preuve c’est que, dix ans après, le contrat Bouygues a été reconduit.

Faut-il renégocier les contrats pétroliers ?
Mes experts me disent que les conditions de négociations dans ce secteur n’ont pas été favorables à la Côte d’Ivoire. Il faudra donc réaliser un audit sur tous ces gros contrats, pétrole et hors pétrole. C’est une simple affaire de bonne gouvernance.

Et les grands travaux ? Le Mémorial Houphouët, le Musée des arts et traditions africains, le grand Abidjan…
Ce sont des choix souverains de Laurent Gbagbo. Si je suis élu, je ne vais pas remettre en question tous les projets en cours, cela n’aurait pas de sens.

Le président Gbagbo a choisi de transiger avec la société Trafigura, à l’origine du dépôt de déchets toxiques dans le port d’Abidjan. Était-ce la bonne solution ?
Ce n’est pas ma manière de voir les choses. Il fallait laisser la justice suivre son cours, puis transiger éventuellement sur la base de la décision qu’elle aurait prise. Il fallait aller au procès avec Trafigura, tout en procédant à l’élimination complète des déchets - ce qui n’est pas encore le cas.

Que pensez-vous du Comité de gestion de la filière café-cacao, mis en place par l’actuel pouvoir ?
Encore une fois, ce n’est pas ma manière de voir les choses. Il faut que l’État réinvestisse ce secteur et entre en compétition avec les grands ­groupes privés. Actuellement, l’État est uniquement cantonné dans des responsabilités administratives : c’est une erreur. Il doit jouer à nouveau son rôle dans la collecte, la commercialisation et l’exportation.

« Nous sommes un peuple métis », avez-vous dit dans votre discours du 4 octobre. Soit. Mais comment parvenez-vous à cohabiter avec un homme, Henri Konan Bédié, qui continue à affirmer que l’ivoirité était « une idée pionnière » et qui a de l’identité ivoirienne une vision contraire à la vôtre ?
L’Histoire démontre clairement que le peuple ivoirien est un peuple métis. Pour le reste, je n’ai aucun commentaire à faire.

C’est un peu facile. Comment croire en la sincérité de votre alliance avec Bédié ?
Écoutez. Le président Bédié a défini sa propre notion de l’ivoirité. Quant à moi, j’ai toujours condamné et combattu l’injustice et l’exclusion. Ce que je constate, c’est que lui et moi pensons aujourd’hui que tous les Ivoiriens doivent être traités à égalité et que nul ne doit être exclu de l’élection s’il est ivoirien. C’est tout ce qui importe.

Pas d’arrière-pensées de part et d’autre ?
Je n’en ai aucune. Et je ne crois pas que le président Bédié en ait.

Votre meeting d’investiture à Yamoussoukro a pris parfois des allures de show messianique. Des orateurs vous ont qualifié de « grand maître », de « grand prêtre », de « grand mufti », d’« enfant prodige de Kong » et j’en passe. Un culte de la personnalité serait-il en train de naître ?
Je suis pour la liberté d’expression. Pourquoi voudriez-vous que je les censure ?

Parce que c’est du griotisme. Et que ce sont des pratiques d’un autre âge.
Ceux qui me connaissent savent bien que je ne suis pas de cette culture-là.

Il y a, dans vos déclarations publiques, une thématique récurrente : celle du pardon. Donc vous pardonnez à tout le monde. Y compris aux responsables du charnier de Yopougon…
Il faudra bien, à un moment ou à un autre, pouvoir surmonter ces drames. Des instances ad hoc peuvent nous y aider.

Une commission Vérité et réconciliation à l’ivoirienne ?
Je suis favorable à toute démarche qui permettrait aux Ivoiriens de tourner la page. L’exemple sud-africain est intéressant : d’abord des procès qui établissent la vérité, puis une procédure de pardon.

Donc, si vous êtes élu, vous ouvrirez, ou vous rouvrirez, des procès ?
La justice en décidera. Mais cela me paraît sain et nécessaire.

Sur Yopougon, sur les morts de septembre 2002 ?
Certainement.

Contre ceux qui ont profané la sépulture de votre mère ?
[Silence]. Il faut des nouveaux procès à propos des actes fondamentaux qui ont meurtri la République et pardonner ensuite à leurs auteurs. L’État de droit est à ce prix.

« Je suis prêt à être le fédérateur », dites-vous. Pourtant, aux yeux des trois chefs d’État qui se sont succédé depuis la mort d’Houphouët, vous étiez le plus grand diviseur de la Côte d’Ivoire…
Vous ne trouvez pas étrange qu’un citoyen qui aspire simplement à exercer ses droits civiques et politiques soit considéré comme un diviseur ? Cela cache quelque chose de malsain. C’est justement pour cela que je veux être le fédérateur.

Vous êtes le candidat du Nord ou le candidat de tous les Ivoiriens ?
Il est clair que je ne peux qu’être le candidat de tous les Ivoiriens.

Le Nord voit en vous « son » candidat. Celui d’une certaine revanche sur l’Histoire, sur des décennies de marginalisation. « La Côte d’Ivoire a connu quatre chefs d’État originaires du Sud, c’est notre tour », entend-on parfois, de Korhogo à Bouaké…
Ah bon ? Je n’écoute pas ce genre d’arguments. J’espère simplement que la majorité des Ivoiriens voit en moi celui qui peut apporter des solutions aux problèmes qui se posent à toute la Côte d’Ivoire. Je ne considère absolument pas ma candidature comme étant l’émanation du Nord, encore moins comme l’expression d’une partie de la population au détriment d’une autre.

Les Ivoiriens sont-ils prêts à élire un président musulman ?
Je le souhaite. Je l’ai d’ailleurs toujours pensé, sinon je n’aurais pas cherché à me présenter en 2000. Les Ivoiriens savent que le patriotisme et la compétence ne sont pas affaire de religion.

Il est vrai que vous n’êtes pas vraiment un pilier de mosquée…
Qu’en savez-vous ? Je me rends à la mosquée presque tous les vendredis et je pratique en toute intimité.

Le racisme anti-Dioulas dans les rues d’Abidjan, c’est fini ?
Il y a eu une évolution positive, c’est incontestable. J’en entends de moins en moins parler. J’espère que ce type d’incidents appartient désormais au passé.

Vos rapports avec le Premier ministre Guillaume Soro ?
Excellents. Il fait un travail difficile de manière admirable.

Avez-vous cru en l’existence d’un accord secret entre lui et Laurent Gbagbo ?
Non, jamais.

A-t-il un avenir politique ?
Certainement.

Un avenir présidentiel ?
Je le souhaite pour lui. Tôt ou tard.

Consultez-vous des marabouts ?
Un journal aussi sérieux que le vôtre doit-il poser ce genre de question ?

Vous savez bien que la majorité des hommes politiques consulte sans jamais l’avouer.
Eh bien, je dois faire partie de la minorité. Je n’ai jamais eu de marabout.

Revenons sur quelques points d’Histoire qui inévitablement seront évoqués lors de la campagne électorale à venir. Nous sommes en mai 1993. Vous êtes Premier ministre. La cité universitaire de Yopougon est mise à sac par des militaires. S’ensuit une manifestation à l’issue de laquelle Laurent et Simone Gbagbo sont molestés, humiliés et incarcérés. Vous exigez une commission d’enquête, qui rend des conclusions dont Houphouët refuse de tenir compte. Pourquoi n’avez-vous pas démissionné ?
J’étais venu pour redresser mon pays et faire un travail difficile qui n’était pas achevé. Le chef de l’État est le chef suprême des armées ; il prend les décisions qu’il assume.

Vous reconnaissez-vous une part de responsabilité dans ces événements ? La loi anticasseurs, c’était vous…
Si l’on ouvre les chapitres du passé, alors il faut parler de tout. De cela, mais aussi de mon exil et des tentatives d’assassinat contre ma personne. Ce n’est pas souhaitable. En outre, le chef d’état-major de l’époque, le général Robert Gueï, n’est plus en vie. Il m’est donc très difficile de parler de son rôle sans qu’il puisse l’assumer ou s’en défendre. Ce que je peux dire en revanche, c’est que nous avions fait beaucoup de progrès sur le chemin de l’État de droit. Nous avons, depuis, beaucoup régressé.

Décembre 1993. Félix Houphouët-Boigny meurt. Avez-vous, oui ou non, songé à lui succéder et à coiffer Henri Konan Bédié au poteau ?
Non. J’étais Premier ministre, je n’étais donc pas, en vertu de la Constitution, appelé à être le chef de l’État. L’idée ne m’est jamais venue.

Aucun regret ?
Aucun. J’ai fait exactement ce qu’il fallait faire.

Pourquoi Henri Konan Bédié a-t-il cru que vous vouliez forcer le destin ?
Vous l’avez interviewé. Vous auriez dû lui poser la question.

Septembre 2002. Sanglante tentative de coup d’État contre Laurent Gbagbo. À ses yeux, vous êtes « le cerveau » de l’affaire…
Six ans après, je ne crois pas qu’il le pense encore. Inutile de préciser que cela n’a aucun sens. Comme vous le savez, nous étions à la maison avec mon épouse, sans protection renforcée, quand nous avons été surpris par les événements.

Pourtant, les mutins de septembre 2002 vous considéraient comme le symbole de leur combat. Les avez-vous compris ?
Ces jeunes ont dit qu’ils avaient mené leur action pour la justice et la démocratie. C’est exactement ce pour quoi le RDR se battait depuis sa création en 1994. Il y avait donc conjonction dans les objectifs, mais pas dans les moyens. Je n’ai jamais cru à l’utilité des armes pour parvenir à des fins politiques.

Henri Konan Bédié estime que Laurent Gbagbo n’est plus légitime depuis le 30 octobre 2005. C’est aussi votre opinion ?
L’Union africaine a pris la décision de le laisser à son poste et de le considérer comme chef de l’État après l’expiration de son mandat constitutionnel. Nous l’avons accepté, même si ce n’est pas nous, Ivoiriens, qui l’avons décidé. Je m’en tiens à cela.

Il y a quatre ans, en novembre 2004, vous déclariez dans une interview au Monde : « Ce pouvoir est un accident de l’Histoire… Laurent Gbagbo règne par la terreur à la tête d’un pouvoir fasciste… Il faudra le mettre à l’écart. » Cela vous gêne quand on vous rappelle ces phrases ?
Pas du tout. Cela permet au contraire de mesurer si le temps a produit son effet. Aujourd’hui, Laurent Gbagbo répète qu’il est prêt à aller aux élections. Je ne peux que m’en féliciter : cela permettra d’assainir la situation.

Laurent Gbagbo a-t-il changé, selon vous ?
Je n’ai pas d’opinion sur l’évolution personnelle de monsieur Laurent Gbagbo.

Vous croyez à des élections démocratiques et transparentes ?
Je suis confiant. En tout cas, c’est indispensable. Et le plus tôt possible, dès que toutes les conditions seront réunies. La Côte d’Ivoire a un urgent besoin d’apaisement.

Quand on regarde l’histoire de ces deux dernières décennies et la chronologie de vos rapports avec Bédié et Gbagbo, on se dit que vous avez finalement eu plus maille à partir avec le premier qu’avec le second. Pourquoi dès lors avoir choisi l’alliance avec le Parti démocratique de Côte d’Ivoire [PDCI] plutôt qu’avec le Front populaire ivoirien [FPI] ?
C’est vrai que le RDR est un parti charnière. D’une part, il est issu du PDCI, de l’autre il s’est allié avec le FPI, dans les années 1990, au sein du Front républicain. Nous n’avons donc exclu aucun des deux. Si, aujourd’hui, nous avons choisi l’alliance avec le PDCI, c’est parce que notre analyse nous pousse à croire qu’il est notre meilleur partenaire. Tous deux, nous sommes attachés aux valeurs de paix et de tolérance prônées par le président Félix Houphouët-Boigny. Ce n’est pas une décision personnelle, c’est une décision collective de la direction du parti.

Avez-vous confiance dans les reports de voix au second tour ?
Je l’espère. Je n’ai pas de sondage récent sous la main pour en être absolument sûr, mais j’y crois.

Si Henri Konan Bédié gagne, il a annoncé qu’il vous réservera « une place de choix ». Cela vous intéresse ?
On verra, le moment venu.

Et si vous l’emportez ?
Le président Bédié a occupé les plus hautes fonctions dans ce pays. Ce sera donc à lui de décider où et comment il souhaite s’engager. Une chose est certaine : il demeurera pour nous un tuteur politique.

Laurent Gbagbo a dit de vous que vous étiez « brillant et travailleur », mais que votre entourage n’était pas à la hauteur. C’est exact ?
C’est son opinion. J’ai été directeur à la BCEAO à Paris à 33 ans, directeur Afrique du FMI à 42 ans, Premier ministre à 48 ans, j’ai toujours travaillé dans ma vie, je ne cesse de le faire. Et je crois que je me suis bien entouré.

Comment, en retour, qualifieriez-vous Gbagbo ?
Il est le chef de l’État. Je n’ai pas à le qualifier.

Vous comptez vraiment mener toute une campagne sans jamais critiquer votre adversaire principal ?
C’est possible. Ce qui intéresse les Ivoiriens, c’est mon analyse des problèmes de notre pays et la manière dont je compte les résoudre ; ce ne sont pas les polémiques stériles. Encore une fois, ce pays a besoin d’apaisement.

Et si on vous attaque ?
Je ne répondrai pas.

Vos lieutenants s’en chargeront pour vous.
Apparemment, vous ne me croyez pas !

Rencontrez-vous souvent le président Gbagbo ?
De temps en temps, en tête à tête. Nous parlons de politique intérieure et étrangère, des uns et des autres.

Nicolas Sarkozy, c’est votre ami de quinze ans…
C’est un ami, effectivement. Je lui téléphone chaque fois que je passe par Paris et je le vois de temps à autre.

Êtes-vous le candidat de l’Élysée ?
La relation franco-ivoirienne n’est pas une affaire de rapports personnels. Je connais bien le fonctionnement des administrations des pays du G8 : les politiques sont tracées de longue date, et ceux qui croient pouvoir influer sur leur cours par un simple coup de fil ou en actionnant tel ou tel intermédiaire se trompent. En ce qui concerne la France, je n’ai pas vu de changement ces dernières années : elle souhaite que les Ivoiriens élisent démocratiquement leur président. Cela tombe bien, nous aussi.

Autres amis proches : Martin Bouy­gues et Vincent Bolloré. « B and B », comme on dit à Abidjan…
Oui, tout à fait.

Ce sont aussi des amis de Laurent Gbagbo.
Et d’Henri Konan Bédié également. Tout cela démontre que les Ivoiriens sont des gens ouverts.

Qui finance votre campagne ?
Je vous vois venir… Aucun groupe étranger, je vous rassure. C’est d’ailleurs interdit par la loi. Qui finance ? Le RDR et ses 700 000 militants, moi-même, la dotation publique pour les partis politiques.

Des chefs d’État africains ?
J’ai de bonnes relations avec la quasi-totalité des chefs d’État du continent en raison de mes fonctions antérieures. Si chacun devait contribuer, le RDR serait milliardaire. Mais vous me voyez, moi, aller mendier de l’argent pour ma campagne ?

Certains donnent sans qu’on leur demande.
Eh bien si c’était le cas, ce serait tant mieux pour mon parti. Mais vous posez là un cas d’école qui ne s’est pas présenté.

De quoi vivez-vous ?
Je n’ai pas besoin du pouvoir pour vivre, comme vous le savez. Je suis ancien Premier ministre, ancien gouverneur de la BCEAO, ancien directeur général adjoint du FMI et président de l’Institut international pour l’Afrique que j’ai fondé à Washington. Bref, je ne suis pas sans ressources.

Et puis votre épouse, Dominique, est une femme d’affaires. Notamment en Côte d’Ivoire.
Mon épouse a ses activités, effectivement, en Côte d’Ivoire mais aussi ailleurs en Afrique, en France et aux États-Unis.

Elle ne travaille plus avec l’État ?
Cela a toujours été une légende, cette histoire de patrimoine immobilier de l’État. Quand je suis arrivé aux affaires en novembre 1990, sa société gérait un immeuble appartenant à l’État. Je lui ai demandé d’arrêter pour éviter toute confusion. C’est tout.

Dominique Ouattara, que vos militants appellent « la blanche colombe », joue à vos côtés un rôle important. Pour un candidat à la présidence de la Côte d’Ivoire, le fait d’avoir une épouse européenne est-il un avantage ou un handicap ?
Écoutez : je suis très heureux en mariage et je pense que Dominique sera une excellente première dame. Le reste n’a guère d’intérêt.

Sera-t-elle très différente de l’actuelle première dame, Simone Gbagbo ?
Je ne souhaite pas parler de Mme Gbagbo.

Vous la connaissez peu.
Je l’ai bien connue. Mais nous ne nous sommes pas revus depuis 2002.

C’est une femme politique, vice-présidente du FPI…
Les dirigeants du FPI n’ont pas demandé à me rencontrer ces dernières années.

Pas même Mamadou Coulibaly, en tant que président de l’Assemblée nationale ?
Nous ne nous sommes pas vus depuis les accords de Linas-Marcoussis, début 2003.

« Je veux être le Mandela ivoirien », avez-vous dit. L’habit est un peu large, non ?
Je n’ai pas souffert autant que Mandela, c’est évident. Mais j’ai eu ma part. Madiba est pour moi un exemple : il a réconcilié les Sud-Africains et jeté la rancune à la rivière. Je souhaite lui ressembler.

Si vous êtes Mandela, qui sont Gbagbo et Bédié ?
Vous ne m’entraînerez pas sur ce terrain-là.

Le 4 octobre au matin, juste avant de prononcer votre discours d’investiture, vous vous êtes recueilli sur la tombe d’Houphouët-Boigny. Que lui avez-vous dit ?
Je lui ai demandé d’aider à ce que la Côte d’Ivoire redevienne la terre de paix, de prospérité et d’hospitalité qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.

Vous n’avez pas sollicité de sa part un coup de pouce électoral ? Après tout, vous étiez son fils préféré…
Curieusement, non. Je n’y ai pas pensé.

Comment vous sentiez-vous ?
Je suis resté là un long moment, avec mon épouse et mes proches. J’étais bien. Serein.

C’est important, pour vous, de recevoir la bénédiction du « Vieux » ?
Cette bénédiction, je crois que je l’ai.

L’ancien directeur Afrique du FMI est-il inquiet des conséquences pour le continent de la crise financière mondiale ?
Absolument. La récession ne pourra qu’avoir un impact négatif sur le prix des matières premières : pétrole bien sûr, mais aussi café, cacao, coton, qui sont notre première source d’épargne et d’investissement. Impact négatif également sur le montant de l’aide au développement des pays du G8. Il y a donc de quoi être préoccupé.

Faut-il refonder l’armée ivoirienne ?
C’est une évidence. L’avantage que nous avons, c’est d’avoir deux armées qui vont en quelque sorte se retrouver en fusionnant. Par ailleurs, il y a la présence sur notre sol des forces impartiales. Je vais demander au président Sarkozy une prolongation de leur mission au-delà du délai prévu, afin de sécuriser la période électorale et postélectorale. J’espère que cela sera possible.

Quelle serait votre première décision politique, une fois élu ?
Je transférerai d’office et de facto la capitale à Yamoussoukro. J’y prêterai serment et je m’y installerai. Certains ministères, comme celui de l’Économie et des Finances, pourront sans doute demeurer à Abidjan. Mais j’ai déjà pris des contacts avec des opérateurs aériens pour mettre en place un système de navettes, chaque heure, de 7 heures à 20 heures, entre les aéroports d’Abidjan et de Yamoussoukro, où siégera le pouvoir politique. Il n’y a là rien d’étonnant. C’était le vœu d’Houphouët. Si j’avais pu me présenter en 2000 et si j’avais été élu, je me serais installé à Yamoussoukro depuis longtemps.

Apparemment, vous êtes sûr de gagner.
Je crois que j’ai de bonnes chances, effectivement. Si l’on compare les programmes respectifs des candidats, honnêtement, il n’y a pas photo, comme on dit.

Et si le vote communautaire prédomine ?
J’ai également toutes les chances d’être au second tour.

En deux ou trois phrases, que diriez-vous à un électeur hésitant afin de le convaincre de voter pour vous ?
Je lui dirais que j’apporterai la paix à la Côte d’Ivoire. Mon expérience de la gestion des situations difficiles est une garantie pour redresser le pays. Hier, le président Houphouët a fait appel à moi quand le pays allait mal. Aujourd’hui, alors que le pays va plus mal encore, je suis une fois de plus disponible pour aider la Côte d’Ivoire à renaître.

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La ruée vers l'hévéa

Cadres supérieurs, hauts fonctionnaires, hommes politiques : les « cols blancs » investissent massivement dans la culture de l’hévéa. Une activité très rentable qui permet de se préparer une retraite confortable.

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Sous l’appatam – véranda surmontée d’un toit de chaume – d’une villa de la Riviera Golf, quartier chic d’Abidjan, un groupe d’amis devise gaiement. Principal sujet de cette conversation animée ? L’hévéa. Deux d’entre eux se sont déjà lancés dans la création de plantations de plusieurs dizaines d’hectares, l’un dans le sud du pays, l’autre dans le centre-ouest. S’ils avouent que leurs investissements, considérables, les poussent à un certain nombre de privations, ils sont très optimistes. Une fois passée la période d’environ six ans qui va de la création à l’entrée en production, ils pourront bénéficier pendant plusieurs décennies des fruits d’un « investissement sûr ». « Le jeu en vaut la chandelle », affirme Philippe, architecte d’une cinquantaine d’années toujours entre deux chantiers. Il rêve à haute voix d’une retraite paisible dans le cadre très « écolo » de la campagne. La baisse des cours de l’hévéa liée à la crise financière ? « C’est conjoncturel », tranche Maurice, analyste financier prêt à abandonner une entreprise de services industriels et un contrat de fournisseur exclusif avec l’État de Côte d’Ivoire pour mieux investir dans le nouvel or blanc ivoirien. « Toutes les études montrent que l’humanité aura encore besoin, pendant longtemps, du caoutchouc naturel produit à base d’hévéa », renchérit de son côté un planteur très impliqué dans les organisations professionnelles du secteur.

C’est la fièvre du caoutchouc en Côte d’Ivoire. Une fièvre qui va bien au-delà de la paysannerie traditionnelle. Au sein de l’élite urbaine et éduquée, ils sont de plus en plus nombreux à mobiliser leur épargne pour réoccuper les terres ancestrales, acheter ou louer des espaces culturaux, pour y faire de l’hévéa. Phénomène de mode ou tendance de fond ?

Des revenus mensuels

En tout cas, si la Côte d’Ivoire est mondialement connue pour être le premier producteur mondial de cacao, l’hévéaculture n’y est pas non plus une nouveauté. Créées à l’initiative d’entreprises privées coloniales, les premières plantations industrielles datent de 1953. Mais c’est à partir de 1978 que l’État va lancer, avec le concours de bailleurs de fonds – notamment la Banque mondiale et la Caisse française de développement (CFD), ancêtre de l’Agence française de développement (AFD) –, un vaste programme de mise en place de plantations villageoises d’hévéa. Durant les années 1990, période d’ajustement structurel et de désengagement de l’État, la filière est privatisée et se reconstruit peu à peu autour de l’Association des professionnels et manufacturiers du caoutchouc naturel (Apromac). Rassemblant les agriculteurs et les usiniers, elle fixe les prix chaque mois en fonction des cours mondiaux.

La hausse continue des cours – le kilogramme de caoutchouc est passé de 50 cents début 2002 à 2,35 dollars en juillet 2006 – a attiré des urbains flairant le bon coup et dotés d’une certaine capacité d’investissement. Dès 2003, la courbe des créations d’exploitations prend une allure radicalement exponentielle, comme l’indique un rapport publié en janvier dernier par le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (Firca) avec le soutien du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), qui indique que les plantations âgées de 0 à 6 ans représentent 64 % des superficies. L’arrivée dans la filière de ceux que l’on appelle les « paysans à col blanc » se fait très vite ressentir. Les chiffres de l’Apromac décrivent très bien la montée en puissance des planteurs individuels. Alors qu’en 1996 les « privés » représentaient juste un peu plus de 25 % de la production face aux « industriels », ils pesaient 46 % de la production totale en 2004 ; et en 2007, ils totalisaient 112 034 tonnes (61 % des 188 523 tonnes du pays).

L’investissement dans l’hévéa attire pour plusieurs raisons. « Premièrement, c’est une culture pérenne qui dure pendant plus de trente ans, qui assure donc une retraite confortable. Deuxièmement, plus les années passent, plus l’investissement rapporte : les arbres produisent deux fois plus de tasses de latex après la vingtième année. Troisièmement, l’hévéa procure des revenus mensuels, à l’exception de deux mois de soudure par an. Les usiniers paient comme des salaires aux agriculteurs, tandis qu’avec le cacao, par exemple, il n’y a que deux traites dans l’année. Quatrièmement, après la troisième année d’exploitation, c’est-à-dire moins de dix ans après la création de la plantation, l’investissement est totalement amorti. Cinquièmement, il y a moins de maladies que dans le cacao, et le travail n’est pas difficile dès que les arbres ont poussé : il suffit de payer les saigneurs [ouvriers qui procèdent à l’extraction du latex, NDLR] chaque mois et de livrer les usiniers », explique avec passion Alphonse Koua, responsable de la Société de plantations de Côte d’Ivoire (SPLCI), spécialisée dans la création de plantations d’hévéa clés en main et dans la formation des hévéaculteurs. Par la seule force du bouche-à-oreille, il reçoit régulièrement des Abidjanais brûlant de « placer » leur argent dans l’hévéa. Les samedis, la salle de conférences de la SPLCI prend des allures de salle de classe pour adultes. Occupés pendant toute la semaine, des cadres et entrepreneurs viennent se former avant de se « lancer ».

De belles fortunes familiales

Il n’y a pas que la classe moyenne qui s’intéresse au business de l’hévéa. Les membres du sérail politique s’y mettent eux aussi avec gourmandise. Avant le « grand boom », un certain nombre de dignitaires de l’ancien parti unique – à l’image de Philippe Grégoire Yacé, de Charles Bauza Donwahi et de Paul Gui Dibo, figures centrales de l’houphouétisme – avaient déjà eu le flair d’investir massivement dans l’hévéa, ce qui a construit de belles fortunes familiales.

Aujourd’hui, il se murmure dans les milieux professionnels que de nombreux barons du Front populaire ivoirien (FPI, parti dont est issu Laurent Gbagbo) sont entrés avec force dans la filière. « Ils investissent massivement, sans regarder à la dépense. Ils défrichent des dizaines, voire des centaines d’hectares. Pendant ce temps, les anciens gardent leurs positions, mais ne plantent plus beaucoup », affirme, sous le couvert de l’anonymat, un observateur.

La hausse de la production d’hévéa va-t-elle entraîner un déclin de la filière cacao ? La tendance baissière que l’on commence à observer dans la production des fèves brunes – la production 2008-2009 décroîtrait de 25 % par rapport à la saison précédente, selon les prévisions – pourrait bien se confirmer. Dans l’ancienne boucle du cacao (est du pays), les espaces dédiés jusqu’alors à des cacaoyères vieillissantes sont désormais voués à la création de nouvelles plantations d’hévéa. La faute à des années d’instabilité, de cours erratiques, de spéculation effrénée et de scandales politico-financiers à répétition.

Premier producteur africain

Et demain ? La marge de progression de la production ivoirienne est grande. Selon un document produit par la Mission économique française à Abidjan, le chiffre d’affaires du secteur, qui générerait 10 000 à 15 000 emplois directs, se situerait autour de 190 milliards de F CFA (271 millions d’euros) et représenterait 15 % des exportations agro-industrielles du pays. Premier producteur africain, la Côte d’Ivoire ne représente toutefois que 2 % de la production mondiale, très loin derrière les géants asiatiques – la Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie. Les professionnels commencent à s’inquiéter de la faible valeur ajoutée industrielle générée par le secteur. Si les usines se multiplient sur le terrain et se rapprochent des foyers de production, elles se contentent d’une transformation primaire – le passage du caoutchouc naturel au caoutchouc solide. Une poignée d’unités industrielles s’essaient à une transformation secondaire – une usine de fabrication de matelas alvéolés, une fabrique de poires à lavement et une fabrique de gants notamment. Il est désormais question d’aller plus loin en créant des manufactures de préservatifs, tétines, etc. Reste à savoir si les facteurs de compétitivité sont réunis et si un marché existe, en Afrique et en Europe notamment, pour de telles unités industrielles. Interrogé par certains de ses actionnaires sur la pertinence de la mise en place d’une usine locale de pneumatique lors de la dernière assemblée générale, Jean-Louis Billon, président du conseil d’administration de la Société africaine de plantation d’hévéa (SAPH), le géant du secteur, a évoqué la taille réduite du marché régional et les récentes expériences malheureuses dans un certain nombre de pays africains, dont le Nigeria. Reste une ombre. Après un pic à 2,60 dollars le kilo en 2007, le cours de l’hévéa a brutalement chuté fin 2008. Il a démarré en 2009 à 1,35 dollar le kilo pour remonter à 1,5 dollar en avril. De quoi refroidir l’ardeur des néoruraux ivoiriens ?

05/08/2009 14:52:58 | Jeune Afrique | Par : Théophile Kouamouo

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16 août 2009

Guerre secrète contre la Guinée

Guerre secrète contre la Guinée
francafrique
Pendant quinze ans, de 1958 à 1973, les services spéciaux français ont mené une guerre subversive pour renverser le dirigeant de la Guinée, Sékou Touré, et ramener ce pays dans le giron de l'ancienne « métropole ».

_ « Déstabilisez la Guinée! »

C'est à la fin août 1958 que de Gaulle, alors président du Conseil, réalise sa fameuse tournée pour proposer sa« politique d'association» aux colonies africaines dans le cadre de la Communauté française. Ses conseillers ont suggéré qu'il se rende d'abord à Conakry, la capitale de la Guinée, où l'accueil risque d'être plus crispé qu'à Dakar.

Pourtant, la biographie de Sékou Touré n'en fait pas un révolutionnaire à tous crins. Il a en effet suivi un cursus politique très classique. En octobre 1946, il a participé au congrès de Bamako, où s'est créé le Rassemble­ment démocratique africain (RDA), réunissant des partis politiques de huit colonies françaises d'Afrique subsaharienne. L'année suivante, une section locale, le Parti démocratique de Guinée (PDG), a vu le jour, dont Sékou Touré devient le secrétaire général en 1952. Quatre ans plus tard, le voici simultané­ment député à l'Assemblée nationale française et maire de Conakry. Enfin, en 1957, celui que l'on surnomme affectueusement «Sily» l'« Éléphant ») est membre du Conseil de l'Afrique occidentale française à Dakar et vice-prési­dent du conseil de gouvernement. Il est bien décidé à accueillir le général d'égal à égal.
Pour éviter tout quiproquo à l'annonce de la visite de l'homme du 18 Juin, Sékou Touré a remis son discours à Jacques Foccart quelques jours plus tôt. Mais« Monsieur Afrique» ne l'a pas transmis à de Gaulle. Résultat: le 27 août, le « Grand Charles» tombe de haut quand il entend le ton militant du diri­geant guinéen, qui estime l'indépendance totale préférable à l'association: «Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l'esclavage. »La déception du Général s'exaspère le lendemain, quand, débarquant à Dakar, des pancartes du Parti du regroupement africain (PRA) réclament aussi l'indé­pendance complète pour le Sénégal. De plus, ni Leopold Sédar Senghor ni Mamadou Dia (bientôt respectivement président et Premier ministre du Sénégal) ne se sont déplacés à l'aéroport pour lui souhaiter la bienvenue. De là à penser que l'intransigeance de Sékou Touré va faire tache d'huile dans toute l'andenne« Afrique française» )...

Deux mois passent. À peine les Guinéens ont-ils dit « non» ) au référendum du 28 septembre sur le projet de Constitution de la Ve République prônant l'association - ils sont les seuls à le faire en Afrique -, que Sékou Touré devient la « bête noire» des services spéciaux français. Devenue indépendante le 2 octobre 1958, la Guinée est immédiatement reconnue par la Chine et l'URSS. Début 1959, elle adhère à l'ONU. À l'Élysée - de Gaulle a été élu prési­dent avant Noël-, Jacques Foccart donne le feu vert: « Déstabilisez la Guinée! »
Baptême du feu pour le secrétaire général aux Affaires africaines et malgaches: les opérations vont aller crescendo sous la houlette technique du colonel Tristan Richard, responsable du secteur Afrique - Moyen-Orient au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE). Son principal relais, Maurice Robert, chef de poste SDECE à Dakar, active une dizaine d'« honorables correspondants ) dans l'entourage du leader guinéen ainsi que dans l'opposition.



«J'ai été recruté par les services français, témoignera plus tard Bangouri Karim - animateur du Bloc africain de Guinée (BAG), puis secrétaire d'État guinéen aux Mines et à l'Industrie -, par l'intermédiaire de jacques Périer, qui représentait les anciens Établissements français de l'Inde. En juillet 1959, je le rencontrai chez lui avenue Raymond-Poincaré pour lui faire mon premier rapport. La consigne secrète des services secrets français était, à l'époque, d'entrer dans le gouvernement d'union et dans l'administration, et de pour­suivre le travail pour une prédominance française, sur tous les plans, notam­ment économique, culturel et politique. »
« C'est l'intendant militaire Arens qui m'a recruté », admettra également Keita Noumandian, le nouveau chef d'état-major interarmes, ancien tirailleur sénégalais qui a participé à la libération de Marseille avec l'armée de Lattre en août 1944. «Les premiers contacts ont été établis par le capitaine Boureau, officiellement attaché de presse à l'ambassade de France en 1960. De temps en temps, le capitaine Boureau passait à mon domicile pour prendre les rensei­gnements sur l'armée, le moral des troupes, les rapports de l'armée avec le gouvernement. »
« Boureau » ? Il s'agit de Boureau-Mitrecey, le même officier qu'on a vu animer la Main rouge à Tanger pour saborder des navires bourrés d'armes en partance pour l'Algérie . Ce spécialiste du sabotage doublé d'un « offi­cier traitant» exceptionnel recrute des opposants guinéens à la politique. Il est venu remplacer l'« attaché culturel »,l'homme du SDECE que l'on estime grillé et que Robert a rapatrié dare-dare. Car dès les premiers jours de l'indé­pendance, des experts d'Europe de l'Est, surtout ceux du StB, la police secrète tchécoslovaque, habituée à opérer contre les Français, sont venus former les hommes de la sécurité guinéenne. L'afflux de conseillers de l'Est conforte a posteriori les motifs d'isoler la Guinée et de la déstabiliser.

_ Guérilla des frontières et monnaie de singe

De son poste de Dakar, le commandant Robert et des agents sous couverture resserrent les boulons et effectuent des liaisons avec des hommes d'affaires enclins à rester dans le pays, les « Français de Guinée », dont 30000 planteurs. C'est le cas d'un agent du SDECE qui gère la boutique des souvenirs à l'Hôtel de France à Conakry, où il surveille des experts russes, tchèques et chinois.

Simultanément, dans un grand plan d'ensemble géré par Robert, de concert avec Foccart, la Piscine décide d'impulser une guérilla des frontières dans la zone de Fouta Djalon, grâce à une petite armée composée essentielle­ment de Peuls. Le visage barré d'une moustache très British, le colonel Freddy Bauer débarque à Dakar avec des instructeurs du service Action. Cet ancien de l'école de brousse de la demi-brigade SAS en Indochine et du 11e Choc en Algérie est un baroudeur de premier choix, mais il ne passe pas inaperçu. Les caches d'armes établies sur la frontière de la Côte-d'Ivoire et du Sénégal sont détectées et l'opération Fouta Djalon finit mal pour les « harkis guinéens ». Senghor avait fait savoir qu'il acceptait qu'on lance ces missions, mais à conditlon d'agir vite et discrètement. C'est raté! Quant à Houphouët-Boigny, favorable au départ, il finit par se fàcher et agonir d'insultes le haut-commis­saire de France, Yves Guéna.

C'est pourquoi la Piscine a doublé ses réseaux. À l'insu de Robert, la mission jimbo de Marcel Chaumien, alias« Monsieur Armand », est plus discrète. Ce dernier appartient au Service 7 du SDECE, celui des opérations spéciales, et « traite» le réseau d'honorables correspondants dans les compa­gnies aériennes Air France et VAT, dirigées par un ami du service, ancien pilote de l'Espagne républicaine, Roger Loubry (qui réalisa, en 1948, le premier vol Paris-New York à bord d'un Constellation d'Air France). Il ne néglige pas les compagnies de transport au sol, comme la société « Taxis Services », dirigée par Valentin T. à Conakry.

Les opérations s'intensifient fin 1959 : ainsi, l'ancien radio de Chaumien pendant la résistance antinazie, Roger Soupiron (alias «JIM 524 »), se rend incognito à Conakry, puis il monte une opération spéciale à Freetown, en Sierra Leone, avec son agent «JIM 570 ». Objectif: faire rater la visite de Sékou Touré en Grande-Bretagne, à l'invitation chaleureuse de la Reine Elizabeth! L'entente cordiale n'est pas de mise.

Entre-temps, à Paris, le général Grossin voit grand. Le chef de la Piscine a eu personnellement l'idée de monter l'opération: ruiner l'économie guinéenne en l'inondant de fausse monnaie. Le colonel Guy Marienne («alias Morvan »), patron du Service 7, fait fabriquer de la monnaie de singe dans l'imprimerie secrète du SDECE-des billets de 5,10,100,500 sylis (du nom de l' «éphant») -, au moment où la banque centrale de la République de Guinée s'apprête à produire ses propres billets en mars 1960. La Banque de France, sur Instructions du général de Gaulle, a déjà rendu inutilisables trois millions de francs CFA, demeurés à Conakry, en refusant de faire paraître le décret d'émission qui authentifie d'une lettre chaque billet selon le territoire africain. Autrement dit, les francs CFA en provenance de Guinée ne sont pas acceptables au Mali ou au Sénégal. Alors que Sékou Touré fait imprimer à Prague sa propre monnaie, le SDECE introduit ses faux billets en masse et Inonde le marché guinéen.

Sékou Touré se retrouve avec une monnaie inexportable, ruiné, aux abats », expliquera plus tard Marcel Leroy (alias« Finville »),le numéro deux du Service 7 qui a également contribué à cette situation catastrophique en se rendant à Conakry. Il ajoute: « Il est à plat ventre, comme le souhaitait le Général. Mais pas devant la France. Il se tourne définitivement vers les régimes socialistes. Les Tchèques prennent en main l'administration, enca­drent la police. Le folklore bon enfant fait place à la terreur d'État. »

Pourtant, contrairement à ce que l'on a souvent dit, le départ du général de Gaulle en 1969 n'empêche ni jacques Foccart - un temps mis sur la touche ­ni le SDECE - alors dirigé par Alexandre de Marenches - de poursuivre les opérations contre la Guinée.


Les services secrets portugais au secours du SDECE

Après avoir raté le renversement de Sékou Touré en solo, le SDECE s'appuie sur des services spéciaux portugais, colonisateurs de la Guinée-Bissau voisine, où ils combattent la guérilla d'Amilcar Cabral, le chef du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et des îles du Cap-Vert (PAIGC). En 1970, le SDECE monte de concert avec la Police internationale de défense de l'État (PIDE/DGS) et les renseignements militaires portugais (DINFO) l'opération Mar verde, dans le but de renverser Sékou Touré. Le dictateur Marcelo Caetano y a tout intérêt: il espère, grâce aux Français, détruire le soutien logistique du leader de Conakry au PAIGC. Mais l'opération va capoter.
Dans un livre sur les renseignements militaires portugais, publié en 1998, la journaliste d'investigation Paula Serra cite le commandant Alpoim Calvâo, chef de l'invasion de novembre 1971, côté portugais. Son bilan de l'opération n'est guère flatteur, ni pour le SDECE ni pour les services de Lisbonne: « Nous avons tout raté faute de renseignements de qualité! Nos informations aussi bien politiques et stratégiques que tactiques et opérationnelles étaient quasi­ment nulles... »
Cependant, le 20 janvier 1973, Amilcar Cabral est assassiné (par des membres de son parti manipulés par les services portugais). Et Barbieri Cardoso, le patron des opérations africaines de la PIDE, décide que c'est le moment ou jamais de porter l'estocade aux indépendantistes. Rencontrant fréquemment Alexandre de Marenches, le Portugais n'a aucun mal à obtenir l'appui de la Piscine dans une nouvelle initiative baptisée « opération Saphir ».
Le principe en est simple: c'est une partie de billard. La PIDE et le SDECE infiltrent le PAIGC, affaibli par la disparition de son chef charismatique ainsi que par les tensions politiques et ethniques qui prévalent entre Guinéens et Cap-Verdiens. Le but recherché, grâce à deux agents provocateurs de la PIDE infiltrés à la direction du mouvement de libération, est que les Cap-Verdiens fassent sécession, encouragés par Sékou Touré, et que les Guinéens, furieux, s'opposent à ce dernier. Mieux encore, dans un rapport du 3 avril 1973, la PIDE explique à ses amis du SDECE comment on arrivera à atomiser la faction guinéenne du PAIGC entre pro-Sékou Touré et pro-Occidentaux, dont l'un des groupes dirigé par Samba Djalo, le chef de la sécurité du PAIGC dans la région nord, et basé au Sénégal, accepterait de monter l'assassinat du diri­geant de Conakry.
Quatre hauts fonctionnaires affidés à la PIDE dans cette capitale sont de mèche avec les comploteurs regroupés au sein d'un Front de libération natio­nale de Guinée (FLNG). Le plan final est prévu pour juillet 1974. Un rapport du SDECE du 4 avril présente les détails concernant les communications et le transport de troupes par avion. Le compte à rebours de Saphir se décline ainsi: « 16-23 avril: réunion dans un pays africain avec les dissidents du PAIGC, les Guinéens (Conakry), etc. Établissement du plan d'action; 22 avril-5 mai: instruction des dirigeants par nos techniciens en Europe. Réunion possible à Bruxelles (sans les gens du PAIGC) ; fin mai-début juin: installation du maté­riel et du personnel; 2e et 3e semaines de juin: entraînement du personnel; fin juin, début juillet: lancer l'action! »
Mais les services spéciaux peuvent-ils altérer le cours de l'Histoire? Le 25 avril 1974, Barbieri Cardoso a fait le voyage à Paris pour finaliser l'opéra­tlon Saphir ravec de Marenches. Dès que ce dernier le reçoit à la Piscine, il inter­roge l'homme de la PIDE : « Savez-vous ce qui se passe chez vous? » Le Portugais fait la moue: « La révolution, mon cher! » En effet, la « révolution des Œillets" vient d'éclater, selon un plan conçu par des capitaines démo­crates de l'armée coloniale. Fort de ses amitiés françaises, Cardoso pourra rester à Paris, chaperonné par le colonel jacques de Lageneste, chargé des liaisons extérieures du SDECE. Le même qui, un peu plus tard, prendra langue avec le général Antonio de Spinola, ancien gouverneur de Guinée-Bissau, pour organiser la contre-révolution au Portugal...
Le 24 janvier 1976, le journal Expresso de Lisbonne publie des documents de l'opération Saphir, définitivement enterrée, d'autant que des relations diplomatiques franco-guinéennes ont été rétablies en 1975. C'est l'occasion de libérer des « espions français» détenus en Guinée, souvent victimes de la paranoïa d'un régime poussé dans ses retranchements. Ainsi Jacques Marcel­lier, arrêté et interné au camp de Boiro. Cet ancien militant socialiste, proprié­taire de cinémas, avait été élu en 1957 sur la liste du RDA et s'était rallié à Sékou Touré. À l'indépendance, il se fixe dans son pays d'adoption et milite dans le parti au pouvoir, avant d'être soudain dénoncé comme « espion» suite au complot franco-portugais de 1971. Libéré en 1975, il ne s'en remettra pas et mourra de chagrin cinq ans plus tard à Paris.
Sa trajectoire illustre le gâchis provoqué par la guerre secrète lancée par Foccart et le SDECE contre la Guinée. La révolution des Œillets correspond à l'arrivée de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence et bientôt Foccart sera écarté des affaires africaines, non sans laisser derrière lui des réseaux actifs.

A la fin de sa vie, il a livré une anecdote parlante sur ces menées anti­guinéennes dans une interview fleuve réalisée par le journaliste Philippe Gail­lard: « "Monsieur Afrique" avoue: "Nous avons déjà parlé de l'affaire montée contre Sékou Touré à partir du Sénégal en avril 1960. Le général [de Gaulle] l'a apprise par la protestation que lui a adressée Mamadou Dia. Il était furieux. "Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Qui a pu faire cela ?" Il aurait pu exploser, me demander de quel droit j'avais pris de telles initiatives. Mais je lui ai donné des explications. Il a eu un commentaire laconique: "Dommage que vous n'ayez pas réussi". »



Pour en savoir plus

Philippe BERNERT, SDECE, Service 7, Presses de la Cité, Paris, 1980.

Roger FAUGOT et Pascal KRoP, La Piscine, Seuil, Paris, 1985.

Jacques FOCCART, Foccart parle. Entretiens avec Philippe Gaillard, tome 1, Fayard/Jeune Afrique, Paris, 1995.

Paula SERRA, DINFO. Historias secretas do serviço de informaçoes militares, Dom Quixote, Lisbonne, 1998.

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15 août 2009

Opérateurs économiques : "l’état des routes fait perdre des marchés"

15_08_2009_06_46routeabobCe n’est plus un secret pour personne, les routes ivoiriennes sont délabrées ! Prévues pour 15 ans, en moyenne, ces routes, si elles sont encore dignes de ce nom, accusent un âge de 20 à 30 ans, si on s’en tient au dernier état des lieux fait par les ministres et experts de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunis du 1er au 6 juin dernier dans la capitale politique ivoirienne, Yamoussoukro. La majorité des routes ivoiriennes sont donc menacées de « disparaître complètement » si rien n’est fait « de toute urgence » pour leur remise à niveau, regrettent en substance des experts en la matière, sans occulter les risques des accidents, la détérioration précoce des engins roulants négatifs pour l’économie ivoirienne. «Il n’y a pas un seul axe routier en Côte d’Ivoire où il n’y a pas de travaux à faire.», a regretté, dans une de ses sorties, Bouaké Fofana, Directeur Général de l’Agence de Gestion des routes (AGEROUTE). «Il faut investir 80 milliards FCFA par année, rien que dans l’entretien des routes, pendant 10 (dix) années.», ajoute t-il. Estimé à 80 000 km, l’ensemble du réseau routier, au vu de ses imperfections qui plombent des piliers de l’économie ivoirienne, allant de la fluidité des échanges commerciaux vers le Port Autonome d’Abidjan ( PAA) au confort des usagers de la route, nécessitent un plan d’urgence total. Les gros perdants… En tous cas, les opérateurs économiques, surtout les transporteurs, semblent les gros perdants dans cette affaire. Eux dont la pitance quotidienne est essentiellement liée à l’exploitation des routes. « A cause de l’état des routes on perd beaucoup de marchés dans les pays limitrophes. On accuse tellement de retard durant le trajet, qu’on arrive même plus à rentabiliser correctement nos activités », se plaint un transporteur. « Nos véhicules accusent des incessantes pannes à cause des voies dégradées. Et quand il faut changer les pièces ce n’est pas du tout facile, vu la hausse des prix des pièces de rechanges. Tout est cher », se plaint un chauffeur de mini car rencontré sur la route du Zoo, dans une commune d’Abidjan. Comme lui, bien d’autres usagers souffrent de leurs déboires et ne cachent pas leur colère en dénonçant le laxisme et le silence abyssal des autorités municipales et politiques. On se perd même dans les responsabilités. Qui fait quoi ? Selon nos investigations, seuls 20.000 km de l’ensemble du réseau routier sont du domaine de l’AGEROUTE. Le reste est l’affaire des autorités décentralisées. «L’article 7 de la loi sur les conseils généraux inscrit la gestion de la voirie départementale aux nombres des compétences des Conseils généraux », soutient le DG de l’AGEROUTE. Les communes et les Districts ont également des compétences en matière de gestion des routes, relève t-on. A cet effet, ils sont des maîtres d’ouvrage d’une partie de ce réseau. Quant au Fonds d’entretien routier (FER), impliqué dans cette affaire, il ne recevrait plus la totalité des taxes prélevées sur les produits pétroliers devant servir à l’entretien des routes. Prétextes ou des justifications évidentes ? Les préoccupations des usagers restent entières. Edem Kouadio Bokbi e.kouadio@acturoutes.info

Posté par henrigosse à 21:03 - La Cote d´Ivoire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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